H. Br., II
à cache-cache avec des enfants comme lui. Il apprend à danser ^, et goûte fort la conversation de mademoiselle Adèle, qui a onze ans 2. Toutes les jeunes femmes ses cousines ont tâché d'amadouer ce jeune homme farouche. On lui a dit que sa « redingote à l'artiste, couleur olive, avec revers en velours », lui allait « fort bien ». On l'a mené dans le monde. On lui a fait jouer des charades. On l'a promené au musée du Louvre. On l'a même engagé à suivre les cours de dessin de Regnault '. N'importe, Beyle restait mécontent des autres comme de lui-même. « Je mourais de contrainte, de désappointement... » « Je ne conçois pas aujourd'hui comment je ne devins pas fou 4. . . »
Il y avait cependant, parmi tous ces Daru, quelques êtres destinés à influer plus tard sur la vie ou le caractère d'Henri Beyle. Mais il demeure rétif à leurs avances, et ne se doute point encore que la destinée lui ménage dans cette mai?on un protecteur tout puissant, dont il séduira la femme, — une mère et une fdle qui travailleront de compagnie à le déniaiser, — un jeune homme qui essaiera de lui apprendre le métier de Don Juan : des bienfaiteurs, des amis, des amantes.
Les filles de M. et Madame Daru (qui n'avaient pas eu moins de onze enfants) ne doivent pas nous intéresser plus qu'elles n'ont intéressé Beyle ^. Elles exercèrent sans
1. Je ne voudrais pas affirmer pourtant que ses parents eussent négligé de lui faire prendre à Grenoble les « trois ou quatre mois de leçons [de danse] que les plus minces artisans français » ne se refusaient pas au xviii^ siècle, si l'on en croit Bcrriat Saint-Prix. (Lii>. cit., I, 41.)