‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 19 sur 166 · Id · texte numérisé non relu

Id

docilement à la nature, se proposait un idéal inflexible, A vrai dire, cet idéal, dont il se faisait un devoir, n'avait rien de vertueux ^. Beyle prétendait réaliser en sa personne une heureuse combinaison de l'homme sensible et du roué. Il rêvait un Henri Beyle étincelant d'esprit, plein de séductions tendres et de grâces victorieuses, le conquérant de tous les cœurs. Et de ne point réussir à mettre sur pied ce chef-d'œuvre, sa conscience eût souffert avitant que sa vanité. Elles souffrirent.

Entre l'image si brillante que sa fantaisie lui avait dessinée de lui-même, et le rôle piteux qu'il jouait dans le monde, le contraste était mortifiant : " Qu'on juge de l'étendue de mon malheur ' Moi cjui me croyais à la fois un Saint-Preux et un Valmont..., je me trouvais inférieur et gauche... Je m'imputais à honte, et presque à crime, le silence qui régnait trop souvent à la cour d'un vieux bourgeois despote et ennuyé,^... « Faute de pouvoir transformer le salon de M. Noël Daru en une assemblée d'amoureux, spirituels et gais comme des héros de Shakespeare ^, Henri Beyle prit le parti de se taire obstinément.

C'était, à peu de chose près, l'attitude qui devint, quinze ou vingt ans plus tard, si à la mode dans la société, celle du jeune romantique incompris. Beyle n'est-il pas déjà, lui aussi, le poète qui s'est égaré dans un salon, parmi des âmes vulgaires et bourgeoises, le solitaire mélancolique poursuivant, au secret de son cœur, l'image idéale de la femme toujours rêvée et jamais rencontrée...? Mais Henri Beyle du moins ne joue ce rôle que faute de pouvoir mieux faire, et sans y mettre aucune jDrétention. Il craint même d'être ridicule.

Pourtant il ne faudrait pas nous imaginer que Beyle gardait toujours, chez les Daru, une attitude aussi digne ; nous l'y voyons parfois couché sous une armoire, et jouant

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