‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 30 sur 166 · Corr., I · texte numérisé non relu

Corr., I

affectueux mépris dont on fait les camaraderies les meilleures.

Quand il le connut à Paris, Martial avait vingt-six ans ^; il allait être nommé ^ sous-inspecteur aux revues. Malgré ses galons et sa brillante fortune, qui faisaient déjà de lui une espèce de personnage, il traita son jeune cousin avec une cordiale familiarité, qui toucha jusqu'à l'âme ce jeune homme ombrageux. Martial le raillait et l'encourageait ; bientôt il lui conta ses aventures de femmes. Beyle fut flatté et ébloui. Désormais Martial devint son maître en galanterie, et du coup fut détrôné Romain Gagnon, qu'il avait jusque-là considéré comme le plus accompli des Dons Juans. Mais quand il eut vu évoluer dans un salon l'élégant Martial, son oncle ne lui sembla plus qu'un « comédien de province ^ ».

Sans doute Martial Daru n'avait point de génie, — défaut bien rare chez les amis de Beyle — ; qui pis est, il ne se montrait, lui non plus, ni romanesque ni enthousiaste. Bon vivant, et fonctionnaire avisé, Martial n'était plus un naïf. Beyle, convaincu et grave comme un jeune provincial de dix-sept ans, se sentait parfois choqué de cette blague parisienne *. Il comprenait mal cet épicurisme désinvolte ^. Martial trouvait ses places bonnes, la fortune de son frère profitable, et tous les gouvernements à son gré, pourvu qu'on y pût faire l'amour.

D'ailleurs honnête homme, et capable, au besoin, d'un beau geste et d'une parole virile, sans qu'on pût jamais savoir au juste ce qu'il y avait de vanité, de gloriole, et d'attitude mondaine, dans ce geste ou dans cette parole. Quand les Napolitains de Murât viendront pour chasser de Rome les Français, Martial saura leur répondre avec

1. Donc neuf ans de plus que Beyle. Il était né à Montpellier le 2 juillet 1774. (Voir ses états de service dans Cliuquct, Stendlial-Beijle, 40, note.)

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