Cf. Journal
5. « Il n'était pas romanesque, et moi je poussais cette faiblesse jusqu'à la folie ; l'absence de cette folie le rendait plat à mes yeux, s (//. Br., II, 199.)
une noble fierté, et trouver à propos la rude éloquence qui convenait ^.
Mais en général l'héroïsme était moins de son goût que les fêtes élégantes et les femmes faciles. Si l'on en croit Stendhal, il fut à Paris, à la cour, à l'armée, dans mainte capitale de l'Europe, le maître des élégances ^, et cueillit un peu partout, avec gaîté et gentillesse, les plus jolies fleurs de salons ou de coulisses. « Il en a eu vingt-deux en sa vie, remarque Beyle avec admiration, et... toujours ce qu'il y avait de mieux dans le lieu où il se trouvait. J'ai brûlé les portraits, cheveux, lettres, etc. ))^.
Lovelace bon enfant, Martial réussissait même, par son brave cœur, à faire pardonner aux hommes des succès que les hommes d'habitude ne pardonnent guère. Quant à son jeune cousin, il ne songeait qu'à imiter un si brillant modèle.
C'était mal le choisir. Non que les leçons de Martial ne fussent pas, comme le dit Beyle, « excellentes * » en leur genre. Mais saura-t-il en profiter ? Martial goûtait les femmes, mais ne s'attachait point à elles. Amateur éclectique, il passait de la grande dame à la danseuse, ne demandant à toutes que du plaisir. Il avait de Don Juan l'insouciance, sinon la froideur, et son joyeux égoïsme, soutenu par sa vanité ^, le défendait contre tout sentiment trop fort ou trop douloureux. Martial pouvait donc bien apparaître à Beyle comme une aimable incarnation de ce Lovelace, de ce Faublas ou de ce Valmont, ses éternels et décevants modèles. Mais lui-même était-il capable de ces impressions légères et frivoles, de ces
1. Sur le rôle de Martial Daru à Rome, voir Madelin, La Rome de Napoléon, et en particulier p. 649. Cf. Journal d'Italie, 229 et suiv.
2. M. Madelin nous le montre aussi « homme du monde avant tout ». n Qu'il fût le Lovelace de l'intendance, homme de plaisir, fort amateur du jeu et des femmes, de la danse et de la bonne chère, cela est... probable... »