H.Br., II, I2S
3. « Un beau jour, M. Daru le père me prit à part et... me dit : « Mon fils vous conduira travailler avec lui au bureau de la Guerre. » Probablement, au lieu de remercier, je restai dans le silence farouche de l'extrême timidité. » — Ce n'était qu'une épreuve ; Beyle n'avait aucune espèce de titre officiel ni de fonction régulière.
4. Celui-ci avait, il est vrai, la puissante protection de Joséphine Bonaparte. {Cf. Chuquet, /iV, cit., 40-42, 479-480.)
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aux commissaires des guerres. Et Beyle, humilié et déçu ^, Beyle, qui ne portait toujours qu'une redingote olive, « soupirait » en regardant le « bel uniforme doré » de ses compagnons. Peut-être le regrettait-il surtout quand il s'essayait à faire l'aimable auprès des demoiselles Auguié qui l'accueillaient bien ^.
Mais il se consolait de sa déconvenue par l'intime conviction de son génie. Il « songeait plus à Hamlet et au Misanthrope qu'à la vie réelle. » N'avait-il pas trouvé dans son bureau un poète tragique, resté obscur, M. Mazoïer ^ ? M. Mazoïer se préparait à faire jouer une tragédie au Théâtre Français * ; il citait Virgile, et louait Racine. Henri Beyle, retrouvant toute son assurance, se prit à batailler pour Shakespeare, avec l'admiration des deux autres commis. Il méprisait M. Mazoïer, « comme incapable de voir et de sentir le vrai beau », puisque « la naïveté d'Imogène » ne le touchait point ; mais ce mépris devenait de la haine, quand M. Mazoïer outrageait Shakespeare. Pareilles injures « attendrissaient » Beyle « jusqu'aux larmes ^ ».
D'ailleurs Beyle, au printemps de 1800, n'était que tendresse et poésie. Ce jeune homme trop sensible, qui n'avait guère trouvé à Paris qu'amertume et désillusions, découvrit enfin dans les bureaux du ministère une impression douce à son cœur. Il regarda par la fenêtre, et vit de « malheureux tilleuls » trop tondus qui lui rappe-
1. Il en voulut même à Daru de n'avoir pas dès ce jour-là fait en sa faveur un passe-droit, et sur son appuie-main il écrivit en capitales : MAUVAIS PARENT. {H.Br., II, 159.)
2. Id., 159, 160. — La galanterie n'était point sa seule distraction. Il fréquenta une salle d'armes, mais il faut croire qu'il y fut bien médiocre, car il l'avoue. « J'ai porté l'épée toute ma vie ne sachant pas la manier. J'ai toujours été gros et facile à essouffler. » (//. Br., II, 153-154.)
3. Voir ses états de service dans Chuquet, op. cit., 43-44. — Beyle le nomme dans le Journal d'Italie (20, et la note).
4. Thésée, qui fut donné quelques mois plus tard (frimaire an VIII), et n'eut qu'un succès d'estime. « C'est une composition sage et raisonnahlement ennuyeuse ; on n'y rit point, mais on y pourrait dormir a, écrivit Geoffroy (voir ses feuilletons du 27 nov. 1800 et du 20 mai 1801). Les personnages étaient si bavards qu'on en avait fait une parodie intitulée : « Taisez-vous ! » (Des Granges, Geo//ro!/..., 377-378.)