H.Br., II
* 11 ne faut donc tenir aucun compte des exagérations de Mathieu Dumas : « Le moindre faux-pas entraînait et faisait disparaître, dans les précipices, dans des gouffres de neige, les hommes et les chevaiix. » (III, 171.)
exemple, et suivant un préjugé courant ^, l'Italie lui apparaissait de loin comme la patrie des amours promptes et des femmes faciles. Il comptait bien en profiter, et que Milan le dédommagerait de Paris. Cette espérance juvénile formait sans doute la base de ses méditations, tandis qu'il descendait la vallée d'Aoste. Aussi bien, en ce premier voyage de 1800, l'Italie ne sera guère pour Beyle que le pays de son « innocence » perdue et de ses premières maîtresses. Elle ne lui en paraîtra que plus chère.
Tïmdis qu'il rêvait d'amour, Beyle, en passant au fort de Bard, reçut le baptême du feu. Il n'a guère conservé de cet événement mémorable que deux ou trois images fragmentaires ^, et le souvenir d'un grand émoi. « La canonnade épouvantable dans ces rochers si hauts, dans une vallée si étroite, me rendait fou d'émotion ^ ». A se sentir tout frémissant, Beyle sans doute ne put savoir s'il tremblait de peur ou vibrait d'une fièvre héroïque. Il fit bonne contenance.
La vanité lui avait donné du courage. Au moment où ils passaient devant les canons du fort, le capitaine Burelvillers avait dit en le regardant : « Ne voilà-t-il pas mon bougre qui a déjà peur ?» — « H y avait là sept à huit personnes. » Beyle aussitôt parada ; sans dire mot, il s'approcha tout au bord de la falaise, et affecta de s'attarder sous le feu de l'ennemi *.
Beyle aurait pu être satisfait de cette première épreuve. (c C'était, dit-il, une espèce de pucelage qui me pesait autant que l'autre. » Et pourtant il n'y trouva point tout le plaisir qu'il en espérait, malgré le décor romantique des montagnes, bien approprié aux débuts d'un héros.
1. Qu'il avait pu retrouver dans maintes lectures. Une page de Félicia (cf. plus haut) lui avait peint les Italiennes comme d'infatigables amoureuses.
2. Voir le plan du fort de Bard, de la gorge, et du sentier par où passa Beyle, dans Henri Brulard, éd. Stryienski, 293.