H. Br., II
4. Beyle a passé par le sentier d'Albard, qu'on avait réussi à rendre praticable à la cavalerie. (Voir Corr. de Nap. I'^', VI, 400-401.) Mais il n'apparaît guère que ce sentier, par où défda toute la cavalerie française, fût bien dangereusement exposé aux canons du fort. Beyle sans doute, les voyant et les entendant tirer, se figura naïvement que les boulets pouvaient l'atteindre. (Sur le siège de Bard, cf. de Cugnac, Camp, de l'arm. de lés., I, 433-543.)
Mais son imagination trop vive lui gâtait d'avance les aventures les mieux réussies. « Le soir, en y réfléchissant, je ne revenais pas de mon étonnement : Quoi ! n'est-ce «jrue fa ? me disais-je ^. » »/ lâ^-v.r ■'
Le premier Italien pour qui Beyle ait éprouvé quelque amitié sur le sol de sa nouvelle patrie fut un curé, qui lui offrit asile, et lui enseigna que « donna voulait dire femme. » Né convenait-il pas en effet que Beyle, entrant dans cette terre où il allait beaucoup aimer, apprît tout d'abord à y nommer l'objet de ses amours ? « Ce fut là le commencement de mon italien ^, » remarque-t-il avec satisfaction.
La destinée, complaisante toujours à disposer artistement sa vie, lui ménagea, bientôt après, la troisième grande émotion de son voyage. A Ivrée ^, il entendit pour la première fois la musique de Cimarosa. Les nerfs de
1. H. Br., II, 186-187. Comparer ce récit tout mêlé d'impressions morales, et la description physique et précise des faits, dans la lettre à Pauline du 10 messidor {Corr., I, 6-7). Les deux versions, écrites à trente-six ans d'intervalle, sont parfaitement d'accord.
Beyle a prétendu, dans la Vie de Napoléon, que ce jour-là il avait vu « pour la première fois le général Bonaparte. » C'était, dit-il, le 22 mai (XVIII). Or, le 22 mai, Beyle était encore à Genève. Il se demande plus sincèrement, dans Henri Brulard : « Le premier consul était-il avec nous ? » (185). Nous savons déjà que le Premier Consul était passé depuis longtemps *. — Beyle faisait, nous dit-il (172), « quatre ou cinq lieues par jour ». De Genève au fort de Bard, il y a environ 250 kilomètres, soit plus de 60 lieues ; à ce compte Beyle, parti de Genève le 23 mai, ne serait arrivé devant le fort que le 3 juin au plus tôt. Or le fort se rendit le l'^' juin. Il faut donc admettre que Beyle marcha un peu plus vite qu'il ne le dit. Mais de toutes façons, parti de Genève cinq jours après que les Français avaient paru devant le fort, Beyle ne put assister qu'à son agonie. Eût-il même fait trente kilomètres par étape au lieu de vingt, il ne serait arrivé à Bard qu'un jour ou deux avant sa reddition, le 30 ou le 31 mai **. — Alors Bonaparte était déjà aux pertes de Milan.