‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 57 sur 166 · Id · texte numérisé non relu

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et ces âmes ne savaient pas le deviner ^ ! Beyle retrouva la misanthropie de Jean- Jacques ; ce fut un nouvel accès du mal ancien ^. Il connut la « tristesse attirante » de s'apitoyer sur ses infortunes, et d'admirer en le plaignant son pauvre cœur solitaire.

Ainsi s'enchevêtraient dans ses ennuis les exigences d'un jeune tempérament, la timidité d'un sentimental, une imagination faussée par les romans, et la philosophie de Rousseau. Mais tous ces « soupirs », ces « larmes », ces « élans d'amour ^ », se perdaient sans consolateurs et sans témoins. Les grands murs froids et classiques de la casa Bovara enfermèrent discrètement l'intensité de ces fièvres romantiques ^.

C'est faute de trouver une âme sensible capable de comprendre son cœur, que Beyle alla dans un mauvais lieu. Rien ne prouve davantage son caractère romanesque.

M. Chuquet a profité de l'événement pour donner ici à Beyle un démenti. Beyle n'avait-il point dit en effet : « J'ai... passé sans femmes les deux ou trois ans où mon tempérament a été le plus vif ^ » ? Mais qui ne voit ce que Beyle entend par là ? Seul parmi tous ses camarades, il n'a point eu de maîtresse habituelle, il a vécu en Italie et dormi sans compagne. Que d'ailleurs il n'ait pas con-

1. « Ma sensibilité n'eût pas engendré la langueur;... ses mouvements divers eussent pu intéresser... une âme aimante, qui eût su voir la mienne. » (Id., 121.)

2. « ... je... devenais sans cesse plus misanthrope, nourri dans ma folie par la mélancolie, qui est un sentiment profond et doux à la vanité... » {Corr., I, 130.)

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