Jour, d'il
4. Bonaparte écrit le 3 juin : « Depuis huit jours, nous avons tous les soirs un orage d'une demi-heure, ce qui fatigue un peu les troupes. » (Cité par de Cugnac, II, 100.) Lechi mentionne la » grandissime pluie de la nuit du 6 au
de telles fièvres. Quand Beyle avait couru les ruelles sombres, étouITantes et moites de Milan, il rentrait le soir à la casa Bovara lourd de désir et d'amour. Et dans sa chambrette, en face de Ganymède, il sentait durement tout ce qui lui manquait ^.
A de si naturels instincts venaient s'embrouiller ses vieilles chimères romanesques. Une femme n'était point chose difficile à trouver dans Milan. Mais il fallait à Beyle Juliette ou Héloïse ; il voulait une grande âme, noble et passionnée comme dans les livres. Les bonnes Milanaises étaient mal préparées à lui offrir un mets si délicat.
Elles étaient pourtant bien accueillantes ; mais encore fallait-il faire la moitié du chemin. Beyle les attendait à la casa Bovara ^. Elles ne l'y vinrent pas chercher. Il l'a regretté pour elles. Elles ne savaient pas, à l'en croire ^, les sensations délicieuses qu'elles avaient perdues, tandis qu'Henri Beyle, ému, anxieux, tout débordant de caresses, et préparé aux plus sublimes sacrifices, leur conservait jalousement dans le secret de son cœur le trésor inemployé d'un amour vierge.
Quand, nouveau Chérubin *, — moins entreprenant et moins gracieux que celui de Beaumarchais, — Beyle se vit dédaigné par tant de femmes amoureuses, il fut rempli d'amertume. « Je passais mes journées dans un attendrissement extrême et plein de mélancolie... J'étais dévoré de sensibilité, timide, fier et méconnu ^. » Méconnu, car il croyait mériter « un meilleur destin » ; par la qualité exquise de ses sentiments, il se jugeait plus digne que personne d'inspirer de l'amour aux âmes généreuses ;
7 juin. » (/</., 128.) Et Bonaparte écrit encore, le 17 juin : « Tous les soirs nous avons deux heures de pluie. » [Corr. de Nap. /", VI, 463.)
1. Relisons René : «... il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur... Ah ! si j'avais pu faire partager à une autre les transports que j'éprouvais ! 0 Dieu ! si tu m'avais donné une femme selon mes désirs ; si... tu m'eusses amené par la main une Eve tirée de moi-même... »
2. « Je ne me remuais point. J'attendais de quelque hasard romanesque, comme le brisement d'une voiture,... que le sort fît connaître mon cœur par quelque âme sensible. » {Jour, d'il., 120.)
3. Id., ibid. : « Heureux, j'aurais été charmant... pour une femme sensible. »