Jour.d'It
serve à Milan « le trésor de son innocence », Beyle a pris soin de nous le dire lui-môme ^.
A quoi bon citer alors cette mauvaise pièce de vers, les premiers que Beyle ait jamais écrits ^, où il s'efforce de conter, avec une obscénité laborieuse et enfantine, l'assaut donné à un bouge de Brescia ? M. Chuquet paraît en conclure que Beyle s'est gaiement diverti en Italie, et qu'il a eu seulement quelques « accès de mélancolie et de langueur ^ ». Le contraire est plus vraisemblable. Beyle est de ces âmes délicates qui dissimulent avec un soin extrême leurs tendresses, et affectent le cynisme, pour mieux cacher aux yeux des profanes leurs secrets d'amour. La pornographie est en ce cas le meilleur signe d'un cœur pudique.
Et puis Beyle rougissait, à dix-sept ans, de passer pour un novice aux yeux de ses compagnons d'armes ; il se souvenait des Liaisons Dangereuses ; et il se piquait d'unir en sa personne l'âme de Valmont et les gestes d'un housard, joyeux drille et grand trousseur de filles.
Ainsi Beyle, pour avoir voulu tromper ses compagnons d'armes, a trompé encore aujourd'hui M. Chuquet. N'avaitil pas écrit pourtant : « A la qualité d'être extrêmement sensible, je joignais donc... celle de vouloir passer pour roué, et l'on voit que j'étais seulement l'opposé de ce caractère *. »
Beyle, un peu comiquement, reproche à ses camarades de ne point l'avoir tiré de cette langueur solitaire où il se consumait : «. Personne n'eut pitié de moi et ne me secourut d'un conseil charitable... Si j'eusse eu un ami, il m'eût mis dans les bras d'une femme ^ ». Ce reproche est injuste. Sans doute personne ne se chargea de procurer à cet enfant l'âme sensible et rare dont son cœur avait besoin. Ces jeunes guerriers auraient trouvé bien ridicule pareille complication sentimentale. Mais ils mirent cer-