Jour, d'il
Tout en rêvant à ses amours, Beyle continuait son éducation musicale. Il pouvait entendre à la Scala quelquesuns de ces opéras italiens, qui seront désormais pour lui la vraie et la seule musique. Est-ce le charme des premiers souvenirs, mais il ne goûtera jamais autant les successeurs des musiciens d'alors, ceux qui triompheront en Italie et en France quelques années plus tard, ni Rossini, ni Donizetti. Les maîtres de la musique italienne en cette fin du xviii^ siècle resteront les plus près de son cœur ^.
On peut croire qu'il retrouva maintes fois à Milan ce Cimarosa ^ qu'il avait découvert à Ivrée. Mais il fit connaissance avec d'autres maîtres contemporains, et tout d'abord avec ce délicieux Paesiello, dont la Scala donnait, au début de thermidor, le Barbier de Séi^ille. Cette musique fluide et légère, un peu grêle et fragile comme un air d'épinette, mais alerte, joyeuse et vive, était tout à fait accessible à Henri Beyle. Il nous apprend lui-même qu'il vit et qu'il aima le Mélomane italien, de Mayer ^. « C'est un des opéras qui contribuèrent... à me donner le goût de la musique *. » Paër lui plut aussi, et il préférait sa Donna cambiata à l'œuvre d'un jeune élève de Cimarosa, Ferdinando Orlandi, qui fit jouer alors à la Scala // podestà diChioggia. Car Beyle avait déjà des préférences, il critiquait, et détaillait ses jugements en connaisseur : « Il y a cependant, dans le premier acte, une belle phrase musicale ^... » Mais l'œuvre qui lui donna le plus vif plaisir, « le plus joli opéra » qu'il eût « jamais entendu en Italie, »
1. C'est un fait digne de remarque, en musique comme en peinture, et comme, pourrait-on dire, en littérature et en philosophie, Stendhal n'est point du tout un novateur. Il est partisan de l'art et de la pensée de la veille ou de l'avant-veille. Avec un peu de bonne volonté, on pourrait le considérer comme un rétrograde. Mais il serait plus exact de dire que son âme tenace s'en tint toujours aux préférences de sa jeunesse.
2. Tout au moins il entendit de lui à Bergame un opéra qui datait de \ingt ans, Caio Mario. (Jour, d'il., 38.)
3. Beyle appelle ainsi Gli Originali, opéra-bouffe qui datait de 1799. 11 vit au moins deux autres opéras de Mayer, Ariodanl et Le due giornate [Jour, d'il., 28, 38).