‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 75 sur 166 · Id · texte numérisé non relu

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ce fut le Mercato di Monfregoso, de Zingarelli ^. « La musique » en était « enchanteresse ».

Ces ouvrages, et bien d'autres apparemment, qu'il vit jouer sans que nous le sachions ^, dans les premiers mois de son séjour à Milan, suflisaient pour donner à Beyle une idée d'ensemble de la musique italienne, à la fm du xviii^ siècle. Et il pouvait les entendre interprétés encore par quelques-uns des artistes qui les avaient créés, et qui gardaient la tradition et le style du passé. La Billington, la Grassini, la Gaforini, chantèrent devant lui à la Scala, et surtout ce Marchesi, l'un des plus illustres soprani de l'âge précédent, qui, après avoir provoqué des cabales vingt ans auparavant, faisait maintenant la gloire incontestée du théâtre milanais ^.

Henri Beyle était donc à bonne école pour s'initier à cette musique, inconnue de lui à son entrée en Italie, et qu'il ne retrouvera plus intacte quand il y reviendra *.

Pour maintes raisons, il devait n'en penser que du bien ^. Ignorant comme il l'était de toute science nmsicale, sans principes arrêtés, sans habitudes d'oreille, et sans partipris, il ne pouvait obéir qu'à des impressions spontanées. Or nulle musique n'est mieux faite que l'italienne pour conquérir des sensibilités naïves. Sa facilité, que d'aucuns trouvent vulgaire, sa verve et son exubérance, ne peuvent rebuter qu'un connaisseur délicat. Mais expressive, pas-

1. Ou du moins Zingarelli fit représenter à Turin en 1793 un opéra de ce nom. Cf. Jour, d'il., 40.

2. Dans son Journal d'Italie, il mentionne seulement dix représentations d'opéras.

3. 11 ne devait quitter la Scala qu'en 1805. — Quatre ans auparavant, il s'était rendu très populaire auprès de la faction anti-française en refusant de chanter devant Bonaparte. Cet acte de courage, en soi, lui fait honneur, mais il irrite au plus haut point Félix Bouvier {Bonaparte en Italie, 596), qui à ce propos lui lance l'épithète méprisante d' « eunuque ». Cela n'a pourtant aucun rapport.

4. En même temps qu'il entendait des opéras, Beyle voyait pour la première fois ces ballets italiens, que plus tard il célébrera comme la gloire de la Scala. (Ne comparera-t-il point Viganô à Shakespeare ?) En 1800, il se contentait d'en admirer la décoration. (Voir Jour, d'il., 37, 38, 40.)

5. Choderlos de Laclos, qui avait moins de sensibilité, et soixante ans, jugeait la musique italienne tout autrement : « 11 n'y a rien de plus mortellement ennuyeux qu'un opéra-bouffon italien, si ce n'est peut-être un opéra sérieux. « (Cité par Dard, Le gén. Cliod. de Lados, 452.)

sionnée, sensuelle, ne devait-elle point toucher Beyle qui ne demandait à tous les arts, et surtout à la musique, que de bien exprimer l'amour ? Tantôt rythmée, vibrante et chantante, elle exaltait les rêves ardents de son âme tumultueuse ; tantôt pleine de volupté et tendrement alanguie, elle accompagnait en sourdine ses troubles et ses mélancolies. Il y trouvait sans peine l'expression directe, simple, aisée, de tous les sentiments qui se disputaient ses heures. Ces sentiments étaient comme elle plus vifs et divers que subtils ; ils avaient comme elle de la chaleur et de l'ingénuité. La musique italienne s'accordait parfaitement au cœur de Beyle.

Mais peut-être l'aurait-il aimée même si elle eût été différente. Cette musique, chaque soir, ne s'entremêlaitelle point aux impressions inoubliables de sa vie milanaise ? « La musique, se demandait-il en 1835, me plaît-elle comme signe, comme souvenir du bonheur de la jeunesse, ou par elle-même ^ ? »

Si l'on en croit Stendhal, et par un phénomène bien singulier, les Milanaises en l'an VIII se sont trouvées plus belles qu'à aucune autre époque. C'est peut-être qu'à dix-sept ans toutes les femmes vous semblent charmantes.

Rendons-lui du moins cette justice. La reconnaissance n'a point dicté un jugement aussi enthousiaste. Beyle n'en doit aucune, nous le savons, aux Milanaises de ce temps-là. Il aurait même le droit de leur conserver quelque rancune. Mais il ne leur en veut ni du mal qu'elles lui ont fait, ni du bonheur qu'elles ont négligé de lui donner. Il leur adresse, à trente ans de distance, un hymne d'admiration :

« Il se trouva... qu'il y avait alors ^ à Milan douze ou

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