‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 97 sur 166 · Corr., I, GS. Cf. 28, ô · texte numérisé non relu

Corr., I, GS. Cf. 28, ô

4. Michaud était d'ailleurs 1' « ami intime » de son cousin Romain Colomb, ce qu'il ne faut pas oublier. {Journal de Stendhal, 472.)

5. Plus tard, ce même certificat du général Michaud vaudra à Beyle sa plus brillante fonction, celle d'inspecteur du mobilier de la Couronne, en l'aidant à vaincre la résistance de l'Empereur. (//. Br., II, 248.)

6. Beyle avait si* bien alors besoin de faire constater ofTicielIement ses services militaires, qu'il se fit délivrer, en ce même temps, par le conseil d'administration du 6^ dragons, un corlifical que l'on trouvera à l'appendice. Il est daté du 7 nivôse an XIII.

Mais, fait bien notable, (7 ni/ est tjtiestion d'aucun exploit.

7. Journal inédit, Bibl. de Gren., R 589G, t. XXII : « Je rencontre le général Michaud, qui me dit : apportez-moi..., etc. »

Mélanie. Mais il faut croire qu'il songeait déjà à abandonner l'une et l'autre, puisqu'il accepte alors la proposition du général Michaud, comme le prouve ce fameux certificat, daté du 25 thermidor an XIII ^.

Beyle étant l'auteur de l'unique témoignage que nous ayons sur sa campagne et ses exploits, il nous est dès lors permis de ne croire ni à l'une ni aux autres ^.

Revenons donc sur nos pas, et ramenons Beyle à Milan. Tandis qu'on se bat sur le Mincio, lui soigne sa blessure de duelliste dans la cité d'Angelina. S'il collabore à la campagne, c'est en écrivant des ordres de marches, dans la sécurité paisible des bureaux. Tandis que ses camarades, au milieu de la nuit glacée, écoutent les derniers chants du clairon, Beyle, parmi les tièdes parfums de la Scala, endort ses mélancolies à l'amoureuse musique des opéras. Et l'on peut croire qu'après la paix, le 1^^ février 1801, il vint encore assister à la représentation magnifique donnée au Grand Théâtre en l'honneur du général Brune, et des vainqueurs du Mincio, dont il n'était pas.

Sans doute il le regrettait, car Beyle était brave. Il n'en pourra donner la preuve que bien plus tard, en Autriche, ou en Russie. Mais il faut croire que, dès l'année 1800, l'occasion seule lui a manqué. Et peut-être ne fut-ce pas la moindre cause de ses amertumes.

Il aimait la gloire, d'un amour passionné, romanesque et naïf : il l'aimait à la façon antique, pour avoir lu les vies de Plutarque et rêvé aux exploits des Romains ;

1. Beyle se trouve alors à Marseille ; on peut supposer, ou qu'il a envoyé de là au général le « modèle » demandé, ou qu'il le lui avait laissé à Paris, avant de partir.

2. Beyle avait sans doute un plaisir particulier à tromper l'Administration. Les mensonges les plus impudents se retrouvent dans toute sa correspondance oflicielle. Les différents états de services fournis par lui au ministre rivalisent de fantaisie. Dans presque tous il affirme avoir fait la campagne de Marengo. (On trouvera ces textes dans les appendices de Slendhal-Beyle, et dans la Correspondance. Le baron A. Lumbroso possède des états de service inédits, où les mêmes allégations se retrouvent.) Est-il donc surprenant que, comme il mentira pour Marengo, il mente aussi pour le Mincio, dans un certificat destiné à lui ouvrir les bureaux de la guerre ?

LA CARRIÈRE MILITAIRE d'hENRI BEYLE 151

et il l'aimait aussi avec l'enthousiasme des conquérants républicains, qu'il avait vus jadis défiler sur la place Grenette. Il avait passé les Alpes pour participer à son tour à la conquête du monde. Il était entré dans une Italie que Bonaparte avait réveillée quatre ans plus tôt du bruit de ses exploits. Et lui aussi comptait bien être un grand capitaine. Par esprit d'opposition, il avait pris pour idéal M. de Turenne : ce général vertueux et pensif semblait un modèle digne de lui au jeune philosophe plein de Jean- Jacques ^. Et il étudiait avec tant d'ardeur la stratégie de ce grand homme, qu'il en oubliait d'apprendre sa théorie. Henri Beyle aspira toujours aux plus hautes cimes.

Il était donc brave, puisqu'il rêvait passionnément de gloire et d'héroïsme. ^lais il était brave aussi pour des raisons plus simples. Un tempérament bilieux et sensible le disposait à de soudaines fureurs, où il ne se connaissait plus. D'ailleurs tenace, volontaire et lucide, il était capable de se maîtriser froidement au milieu des pires

dangers. Enfin une vanité douloureuse ne lui aurait

jamais permis la moindre faiblesse. Il avait donc tout ce

qu'il fallait pour se bien conduire sur un champ de

bataille, et y montrer les différentes sortes de bravoure,

l'aveugle furie, qui se grise de poudre et de bruit, ou bien

le plus rare courage, qui sait attendre et supporter ^.

Mais tant de vertu guerrière demeura parfaitement

inutile. Au moment où Beyle semblait avoir atteint le

rêve glorieux de son enfance, quand il était lui-même

un de ces héros casqués et empanachés, faits pour les nobles

chevauchées, la malveillance du sort, la solhcitude trop

prudente de Daru, ou bien tout simplement son écor-

1. «... étudier 'M. de Turenne et... l'imiter, cette idée avait été mon but fixe pendant les trois ans que je fus dragon. » (H. Br., I, 11.)

2. Beyle était donc tout plein d'un héroïsme virtuel, mais parfois, son imagination aidant, ce héros sans emploi ressemble à Tartarin : « Pour un rien, par exemple une porte à demi ouverte, la nuit, je me figurais deux hommes armés m'attendant pour m'empêcher d'arriver à une fenêtre... C'était une illusion... Mais au bout de peu de secondes... le sacrifice de ma vie était fait et parfait, et je me précipitais comme un héros au-devant des deux ennemis, qui se changeaient en une porte à demi fermée. » (H. Br., I, 27.)

chure au pied, condamnèrent Beyle à ne point se battre.

Cependant il n'avait pas perdu son temps. Ne pouvant guerroyer, il intriguait. La vie de caserne et la besogne de bureau l'ennuyaient également. Il chercha mieux, quelque chose de plus brillant et de plus libre. Faute de gloire, il voulut s'amuser. L'existence d'im ofHcier d'état-major lui parut plaisante.

Pierre Daru était en voyage ^. Beyle se hâta d'en profiter. Quand Daru reviendra, il ne trouvera plus son protégé là où il l'avait mis, « Notre jeune homme s'était fait demander en cjualité d'aide de camp par le général Michaud ^ )). Et cet « homme fort estimable » avait cru « obliger )) Daru en prenant son petit cousin. Beyle avait donc usé de la faveur de Daru en son absence, à son insu, et malgré lui. C'était bien joué. Daru fut piqué.

L'excellent Joinville avait servi d'intermédiaire. C'est lui qui avait recommandé le petit Beyle au général Michaud, son ami ^. Dès que celui-ci, grâce à la paix, eut quelques loisirs, une quinzaine de jours après l'armistice, le 1^^ février 1801 *, il appela Beyle auprès de lui ^.

Et c'est ainsi que, par sa pétulance, Beyle troubla les plans habiles de son cousin Daru, et dégoûta, pour jamais peut-être, ce tout puissant protecteur.

1. « ... il est toujours loin d'ici », écrit Beyle le 23 décembre. {Corr., I, 18.)

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