‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 96 sur 166 · Id., ibid. — Cf. Jomini, op. cit · texte numérisé non relu

Id., ibid. — Cf. Jomini, op. cit

3. Ce ne fut qu'un combat partiel, Bellegarde n'ayant opposé aux Français qu'une forte arrière-garde, tandis qu'il se retirait sur Trévise (Jomini, 206). Mais les Autrichiens firent bonne et longue défense, et perdirent 1.500 hommes. (Lettre de Brune au ministre de la Guerre, Archives de la Guerre, Correspondance de l'armée d'Italie.) La bataille eut lieu le 12 janvier, et non pas le 13, comme semble le dire Jomini, ni le 14, comme l'écrit M. Chuquet.

Castelfranco est situé entre Vicence et Trévise, à plus de 80 kilomètres au delà de Vérone.

4. Beyle écrit dans Henri Brulard (I, 183) : « Je n'ai qu'un moyen d'empêcher mon imagination de me jouer des tours, c'est de marcher droit à l'objet. Je vis bien cela en marchant sur les deux pièces de canon (dont il est parlé dans le certificat du général Michaud). »

Or, il est bon de le noter, le général Michaud ne dit pas un mot de ces canons.

5. Le 16 janvier, et non pas le 18, comme l'écrit M. Chuquet. Dès le 14 janvier, une suspension d'armes avait arrêté les hostilités. (Cf. Arch. de la Guerre, Corresp. de l'arm. d'il. ; Monum. des vicl. et conq. des Franc., XIII, 298-299.)

6. Nous ne pouvons préciser avec une absolue certitude les marches du 6" dragons pendant tout le cours de janvier : les états de situation indiquent seulement qu'il est « en mouvement ». Mais tout vient prouver qu'il ne se trou-

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Ils noteront enfin que nous avons seulement, pour croire que Beyle ait fait campagne, l'affirmation de Beyle, sujette à caution ; celle de Colomb, qui ne fait que répéter Bevle ; et le deuxième certificat du général Michaud. Or ce deuxième certificat peut inspirer tous les doutes.

Et d'abord pourquoi est-il si difl'érent du premier? Le jour même que Beyle, nous le verrons bientôt, quittait l'étatmajor pour rejoindre son régiment, le premier complémentaire an IX, le général Michaud avait tenu à lui donner un « témoignage de son estime et de son amitié. » Il se déclarait satisfait « de son excellente conduite » ; il certifiait qu'il ne pouvait « que se louer de la manière délicate et distinguée » dont Beyle avait toujours servi. — Singuliers éloges, donnés à un soldat ; il n'y est question que de mérites purement civils, et, si l'on peut dire, de vertus mondaines.

Mais, quatre ans plus tard, et loin des événements, le 25 thermidor an XIII, le général Michaud, qui avait retrouvé Beyle dans la société parisienne, lui fit un certificat nouveau ^. Cette fois il n'est plus question seulement de abonne conduite », mais de « bravoure » et d' «intrépidité »; Beyle en aurait donné les « preuves » au cours de la campagne

vait pas sur le champ de bataille de Castelfranco. L'avant-garde de l'armée s'y battit seule, avec l'aide de quelques renforts, mentionnés dans les archives de la Guerre : le 6^ dragons ne figure ni dans l'unt' ni dans les autres. — Jomini écrit qu'après le passage du Mincio la cavalerie de réserve (dont faisait partie le 6* dragons) fut chargée d'un rôle d'observation entre Mantoue et Legnago (XIV, 193), donc à cent kilomètres de Castelfranco. — Enfin et surtout nous savons que le 22 nivôse (12 janvier), c'est-à-dire le jour même de Castelfranco, le capitaine Remy, du 6* dragons, se trouvait devant Mantoue, et soutint, « avec 200 hommes d'infanterie et 80 dragons, une sortie de la garnison ». (Sur ce combat de Marmirolo, voir Arch. de la Guerre, registre du 6^ dragons, Correspond, de l'armée d'Italie, et Historique du 6* rég. de drag.) Le lendemain, 23 nivôse an IX, une lettre de Le Baron (Arch. de la Guerre, dossier du 6* dragons] nous prouve que son régiment était alors à Roverbella, à une dizaine de kilomètres au nord de Mantoue. (Marmirolo se trouve à peu de distance au sud de Roverbella.) Le G* dragons reste « sous Mantoue » du 1"' au 30 pluviôse. Œtats de situation ; lett. de Remy.)

1. Chuquet, ouv. cit., 487. — Ce certificat a été publié pour la première fois par M. Louis Farges (Stendhal diplomate, 253), d'après une copie conservée au Ministère des Affaires Etrangères. Plus tard M. G. Vinot reproduisit dans la Revue Rétrospective (t. XVIII, p. 69) la copie qui se trouve dans les manuscrits italiens ayant appartenu à Beyle et conservés à la Bibliothèque Nationale (f. ital., n° 179).

du Mincio, « et notamment au combat en avant de Castelfranco ^ ».

La diflerence des termes est étrange, entre ces deux certificats. Le premier, donné à un officier qui va rejoindre son régiment, ne contient que des éloges mal propres à satisfaire un colonel de dragons. Si le général Michaud avait reconnu chez son subordonné des vertus guerrières, n'est-ce point alors qu'il convenait d'en rendre témoignage ? s'il l'avait vu accomplir un beau fait d'armes, ne l'aurait-il point alors mentionné ? ^ Mais il semble que le général Michaud ait découvert les belliqueux mérites de son aide de camp seulement lorsque celui-ci, redevenu simple civil, n'a plus besoin d'en faire preuve. Ne diraiton pas que le général Michaud, écrivant alors non plus une pièce officielle, pour un officier sous ses ordres, mais un témoignage d'amitié, sinon de complaisance, pour un jeune homme sans emploi; en ait pris plus à son aise avec l'exacte vérité ?

L'amitié du général Michaud était grande, car elle lui fit confondre, au profit de Beyle, même les dates. Il avait écrit, dans son premier certificat, qu'Henri Beyle avait « rempli près de lui les fonctions d'aide de camp depuis le 12 pluviôse an IX, « c'est-à-dire qu'il les avait commencées quinze jours seulement après la fin de la campagne. Mais, dans son certificat de l'an XIII, attestant

, 1. Le général, qui n'est point chiche d'éloges, reconnaît d'ailleurs à Beyle du « zèle », de 1' « exactitude », de 1' « intelligence », et même des « connaissances administratives ». On verra bientôt pourquoi cette dernière mention.

2. On pourrait répondre, il est vrai, que, si Beyle a accompli une action d'éclat dans les rangs du 6^ dragons, le général Jlichaud n'avait nul besoin de l'apprendre au colonel du G^ dragons. D'où le silence sur ce point du premier certificat. Le second, au contraire, écrit en 1805, s'adressait à des gens qui ignoraient tout de la conduite de Beyle pendant la campagne d'Italie. Et le général Michaud dut faire alors un certificat plus explicite et plus complet.

Mais comment expliquer, dans cette hypothèse, et si les exploits de Beyle ont eu pour témoin son régiment, que les dossiers et registres du G^ dragons ne mentionnent, dans les états de services de Beyle, aucune action d'éclat ; bien plus, que Beyle, un an plus tard (12 germinal an X), soit indiqué par le général Canclaux, dans ses notes d'inspection, comme ne faisant « que d'arriver au corps », où il est « encore peu connu ». (Arch. de la Guerre, dossier du G^ dragons.) N'est-ce point la preuve évidente que Beyle, bien loin de s'être conduit avec héroïsme dans les rangs de son régiment, n'avait même pas fait campagne avec lui ?

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la bravoure de Beyle, il est bien obligé d'en avoir été le témoin, et il écrit : « Je soussigné certifie qu'à l'ouverture de la campagne du Mincio..., au commencement de l'an IX ^, ayant à remplacer un de mes aides de camp, j'ai fait choix de M. Henri Beyle... »

Il n'en faudrait sans doute pas davantage pour rendre tout à fait suspect le deuxième certificat du général Michaud ^. Mais on ne lui accordera plus aucune importance, quand on saura que c'est Beyle qui l'a écrit.

En 1802, en 1803, Beyle voyait souvent à Paris son ancien chef, « ce bon et grand homme » qu'il aimait « tant » et qui avait « tant de confiance » en lui ^. Le général ne cessait de 1' « accabler de bontés », et le recevait dans sa maison comme un fils *. Quand, vers la fin de 1804, Beyle comprit la nécessité de prendre enfin un état, il pensa que, pour obtenir une bonne place dans l'administration ou dans l'armée ^, un témoignage très élogieux de ses services passés était une précaution utile ^. Le général Michaud lui fournit ce témoignage ; et cet homme excellent, par la crainte de ne point le faire au goût de son jeune ami, pria Beyle de le rédiger lui-même. « Apportez-moi un modèle de certificat, et je signerai », lui dit-il un jour '. C'était le 23 brumaire an XIII. Quelques mois plus tard Beyle allait à Marseille faire de l'épicerie, et l'amour avec

1. On notera le vague de ces expressions, en contraste avec la date précise du premier certificat. Quand on altère la vérité, mieux vaut n'être point trop minutieux.

2. Je suis donc, cette fois au moins, d'accord avec M. Ernest Soillière, qui reste « sceptique » devant « le témoignage accordé par le général Michaud à son jeune aide de camp, et surtout devant cette prétendue conquête de deux canons... » (LjV. cit., 237.)

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