‹ La jeunesse de Stendhal (volume 3)Chapitre 118 sur 162 · Jour. d'Jt., 32. Cf. Vie de Map., 203, note · texte numérisé non relu

Jour. d'Jt., 32. Cf. Vie de Map., 203, note

4. D'ailleurs, ce n'est point en 1801 et à Brescia que Beyle vit pour la première fois les victimes de la tyrannie autrichienne. Si l'on admet que pareil spectacle ait pu l'émouvoir, il faut en reculer de deux ans l'influence. Grenoble, en 1799, fut « le foyer de l'émigration italienne », dit Manacorda (op. cit., 85- 87). Des milliers d'exilés s'y réfugièrent pour fuir la vengeance de l'Autriche.

11 en avait peu. De plus en plus, Beyle semblait absent du pays où il vivait. Quelques petites humiliations paraissent l'avoir aigri. Son orgueil était mal satisfait qu'il ne se montrât point supérieur en toutes choses. Il souffrait, parmi ses camarades bavards et beaux parleurs, de se sentir trop souvent timide, gauche, ot sans esprit. Mais, pour se consoler, il se disait qu'un homme comme lui, promis à la gloire, ne doit pas prétendre aux petits succès de vanité dont se gorgent les médiocres ^. « Il serait trop cruel que le même homme eût tous les genres de supériorité. » Et il laissait aux autres, ne pouvant faire autrement, les succès féminins et mondains.

On peut croire aussi que le ton rogue et tranchant de ce petit dragon, son orgueil sans mesure, — et la naïveté de ses enthousiasmes, — ne laissaient pas de lui attirer maint quolibet. Car voici déjà apparaître la maxime stendhalienne, que Beyle plus tard transmettra à Mérimée, et qui exprimera surtout, chez l'un comme chez l'autre, non point la sécheresse de l'expérience, mais bien plutôt la pudeur d'une âme tendre et l'attitude craintive d'une sensibilité froissée : « Il faut être très défiant ; le commun des hommes le mérite ; mais bien se garder de laisser apercevoir sa méfiance ^. »

Le 10 prairial an VII, les Dauphinois leur avaient oficrt comme bienvenue une « fête de la reconnaissance ». (/</., 89 ; 90-91 ; 12G-127 ; 141-148 ; cf. le Journalde Grenoblr, du 8 fructidor an VII.)

1. « L'homme du meilleur esprit est inégal, écrivait-il en pensant à lui ; il entre en verve, mais il en sort ; alors, s'il est sage, il parle peu,... il ne cherche point... à plaire par des traits brillants : il serait gauche... Qu'il évite surtout SCS rivaux... qui auraient... boau jeu pour le couvrir de ridicule. » {Jour, d'il., 3G-37.)

2. Jour, d'il., 30. — Quelques jours plus lard, citant, d'après Adèle de Senange, le portrait de « l'homme insouciant », qui « jouit de tout » sans s'attacher j)assionnément à rien, il regrettait de n'être point lui-même cet heureux dilettante. « Je ne plairais pas si fort, mais je serais plus gcnéralenicnt goûté, et l'un vaut bien mieux que l'autre. » {Id., 34.)

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