H. Br., I, 168. — Cf. plus haut, p
Comédie ; il la lira, la relira, la saura par cœur. Mais je doute qu’enfant il en ait pu goûter ni même connaître les âpres beautés.
« Mon respect pour le Dante est ancien, il date des exemplaires que je trouvai dans le rayon de la bibliothèque paternelle occupé par les livres de ma pauvre mère et qui faisaient ma seule consolation pendant la tyrannie Raillanne ». Et il écrit ailleurs : « J'avais un coin à côté du bureau de mon père, rue des Vieux-Jésuites, où Je déposais, à demi-cachés par leur humble position, les livres qui me plaisaient ; c’étaient des exemplaires du Dante avec des gravures sur bois bizarres 1... »
Ce dernier détail nous fait assez bien deviner le genre d'intérêt que Beyle, à dix ans, pouvait trouver dans le livre de Dante. Si d’ailleurs, comme je le croirais, c’étaient là des textes italiens ?, il ne put en ce temps-là lire encore la Divine Comédie.
N'importe, pour avoir feuilleté ces exemplaires que le souvenir de sa mère lui rendait sympathiques, Beyle aima
en quelque façon le vieux Florentin avant de le connaître ÿ.
« Je hisais avec délices les Contes de La Fontaine et Félicia. Mais ce n'étaient pas des plaisirs littéraires. »
(H. Br. I, 288.)
À travers ces lectures amusantes ou graves, mais toujours choisies, Henri Beyle était arrivé à l’âge où l’on fait surtout aux livres quelques questions très précises. C’est l’âge des romans d'amour : on les lit, en attendant mieux, et parce qu’on ne peut encore les vivre.
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2. Beyle, pour prouver l’origine italienne de sa famille, remarquait, on s’en souvient, que sa mère lisait Dante dans le texte. On peut en induire que, dans les livres de sa mère, il n'avait pas trouvé de traduction.
3. D’après une note inédite, du 14 prairial an XI, il semblerait que Beyle lit alors Dante pour la première fois. (Bibl. de Gren., R 5896, t. VII.)
Les poètes, comme l’Arioste, l'avaient mis en goût. Mais à mesure qu’approchait l’heure des réalités, les vagues peintures de la poésie et ses embellissements ne lui suffisaient plus. Il voulait s’instruire. Il se mit À rechercher passionnément les livres grivois.
Privé de toute intimité avec les enfants de son âge, enfermé et muré dans une éducation aussi chaste que celle d’une jeune fille, Beyle désirait, comme tous les adolescents qui grandissent, savoir ce que les parents ne disent point, mais il ne pouvait, comme les autres, s’informer et questionner. Les livres étaient la seule ressource de ce petit reclus ; ce furent eux encore qui sur ce point l’initièrent.
Beyle s’adressa tout d’abord à Pline l'Ancien : « Pendant que mon grand-père lisait, assis dans un fauteuil.…., vis-à-vis le petit buste de Voltaire..., j’ouvrais les volumes 1n-4° de Pline, traduction avec texte en regard. Là je cherchais surtout l’histoire naturelle de la femme !. »
Il en fut mal satisfait. Mais bientôt il trouva mieux :
€ Enfin je fus attiré vers un tas de livres brochés jetés confusément 2... C’étaient de mauvais romans non reliés que mon oncle avait laissés à Grenoble. J’ouvris quelques-uns de ces livres, c’étaient de plats romans de 1780, mais pour moi c'était l'essence de la volupté.
Mon grand-père me défendit d’y toucher, mais J'épiais le moment où il était le plus occupé dans son fauteuil à lire les livres nouveaux..., et je volais un volume des romans de mon oncle. Mon grand-père s’aperçut sans doute de mes larcins, car je me vois établi dans le cabinet d'histoire naturelle, épiant que quelque malade vint le demander... Crac ! je passais dans le cabinet d’études…, et Je volais un volume 3. »
Ce qui fait l’intérêt de cette banale histoire, c’est l’ardeur vraiment morbide que mit Beyle à dévorer ces livres défendus. Son éducation monacale lui avait donné un goût très vif pour la volupté.
1H. Br, I, 190.
2. Beyle a dessiné, avec grand soin, le plan du cabinet où il fit ces découvertes
essentielles.