LA POLITIQUE
« Démocrate par nature, aristocrate par mœurs, je ferais très volontiers l'abandon de ma fortune et de ma vie au peuple, pourvu que j'’eusse peu de
rapports avec la foule.»
(Chateaubriand, Mém. d'Outre-Tombe, V, 609.)
À mesure qu’il perdait sa foi religieuse, et à peu près pour les mêmes raisons, Beyle gagnait l’enthousiasme révolutionnaire. Ici comme là c'était surtout rébellion contre ses parents ; ici comme là ses idées restaient un peu confuses et pleines de naïves contradictions.
Ce qu'il apprit de la politique lui fut d’abord enseioné par les siens. Depuis 1789, il voyait la maison de ses parents à chaque instant troublée d’espoirs ou de terreurs. Comme toutes les demeures de France, celle-ci recevait le tardif contre-coup des événements de Paris. Ils lui arrivaient grossis par la distance, et plus tragiques de leur mystérieux éloignement. Le docteur Gagnon, ayant pris la part que l’on sait aux événements de 1788, se croyait plus intéressé encore que tout autre au développement de la Révolution. Il fut de ces bourgeois libéraux qui, après en avoir été à Grenoble les premiers ouvriers, la trouvèrent vite excessive, ne reconnurent plus leur œuvre, et la laissèrent aller, loin d’eux et contre eux, en la suivant d’un œil effaré 1. Tel Mounier, qui, dès octobre 1789, revenait à Grenoble, découragé, et
émigrait en Savoie.