‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 121 sur 369 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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Les Gagnon ni les Beyle n’émigrèrent, mais ils n’en furent point pour cela plus amis des audaces nouvelles. Ils les commentaient sans cesse, devant l’enfant, avec défiance et amertume ; ils gémissaient de compagnie. Et le libéral Henri Gagnon, avec son horreur des solutions fortes, se trouvait tout près de Chérubin Beyle, outré dans sa foi, et qu’attachait aux traditions l’étroitesse d’un esprit tenace !.

Bientôt la peur, qui unit si fortement les âmes, rapprocha plus encore le beau-père et le gendre : € On guillotina un de nos cousins à Lyon (M. Senterre), et le sombre de la famille et son état de haine et de mécontentement de toutes choses redoubla ?. »

Ces perpétuelles jérémiades exaspérèrent bientôt l’enfant. Sans trop savoir de quoi il s'agissait, il eut envie de penser autrement que les siens. Nous savons de reste que le petit Beyle avait l'esprit contrariant. « Ma famille était des plus aristocrates de la ville, ce qui fit que sur-lechamp je me sentis républic{ain] enragé 8. »

Mais il ne faudrait pas trop préciser les enfantines tendances d'Henri Beyle. A huit ou dix ans, quelle image confuse devait-il se faire des événements révolutionnaires ! Pouvait-il débrouiller dans son esprit les distinctions des partis, ces opinions qui évoluaient de mois en mois, et ces noms mêmes, à chaque instant nouveaux : Constituants, Conventionnels, Feuillants, Girondins, Jacobins. ? Soyons sûrs qu’il y comprenait peu de chose #. Mais d’instinct, et en gros, il devait préférer ces révolutionnaires qui fâchaient si fort Chérubin Beyle comme Séraphie. Et pourtant son grand-père, qu’il sui-

1. «Mes parents étaient comme des domestiques à l'égard du Roi. Au seul nom de Roi et de Bourbon, les larmes leur venaient aux yeux. » (H. Br. II, 69.) Et il avoue que lui-même avait subi la contagion : le mot de roi éveillait en son esprit « des idées brillantes et généreuses ».

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