Id
du billet Gardon!. Ne devient-il pas plus excusable, et même méritoire, si l’on y voit la ressource désespérée d’un héroïsme aux abois?
Aïnsi, pendant des années, tout autour de lui, sous ses yeux, à ses oreilles, l'enfant voyait grandir le tumulte de cette Révolution, que chez lui l’on flétrissait chaque jour. La place Grenette lui en présentait sans cesse une image étincelante et bigarrée, comique ou terrible. Même s’il ne comprenait pas toujours l'intention de ces fêtes symboliques, ne devait-il pas sentir que quelque chose de puissant bouleversait la France entière, comme sa petite ville, malgré les gémissements apeurés de son aristocratique famille ?
Enfiévré par ce mouvant spectacle, exalté par la lecture quotidienne des journaux de Paris, qui lui apportaient l'écho lointain de passions plus furibondes et d'événements plus tragiques, l'imagination enfin toute pleine de batailles et toute brûlante de rêves héroïques, Henri Beyle devait, tout naturellement, faire preuve, en deux circonstances graves, d’une énergie presque monstrueuse. Il ne faut pas plus nous en étonner que de tous les autres phénomènes psychologiques propres à cette époque singulière. Les plus doux devinrent enragés. Lui, qui n’était pas doux, le devint comme les autres.
Ce fut la mort de Louis XVI qui vint révéler Henri Beyle à lui-même et aux siens.
Depuis quelque temps, il les voyait tous plus lugubres que jamais : « Chose plaisante, ma famille bourgeoise. suivait le procès du roi comme elle eût pu suivre celui d’un ami intime ou d’un parent. J’avouerai qu’il m’eût suffi de l’intérêt que prenaient au sort de Louis XVI M. le grand vicaire Rey et les autres prêtres, amis de la famille, pour me faire désirer sa mort 2. » Mais Beyle