PRÉFACE XVII
après coup, il surcharge. Ce sont les gestes d’un jeune homme et les retours d'imagination d’un vieillard. C’est vrai et c’est faux à la fois... 1»
Est-ce à dire que, dans ce livre sincère, Henri Beyle n'ait jamais menti volontairement? Je ne voudrais pas l’aflirmer 2. Ce maître en supercheries, cet audacieux plagiaire, cet homme qui, pour ses contemporains, se plut à vivre masqué, n’a-t-il jamais, par habitude, essayé de tromper à son tour la postérité? Mais c’est au critique d’être prudent, et de vérifier, quand il le peut, les affirmaüons de Stendhal, Qu'il lise donc, comme le veut M. Chuquet, la Vie d'Henri Brulard « avec précaution ». Mais qu'il se garde d’écouter cet historien trop péremptoire, quand il affirme : « La Vie de Henri Brulard renferme plus de poésie que de vérité, plus de fiction que de réalité 3, » Le doute est toujours sage, mais nier de parti-pris semble presque aussi naïf que de croire les yeux fermés 4,
La Vie d'Henri Brulard, si on la pratique avec ménagement, m'a donc semblé pouvoir être la base d’une étude psychologique sur Stendhal. C’est un document d’une richesse incomparable, le plus délicat et le plus pénétrant
1. Chateaubriand et son groupe littéraire, 1, 106-107. Il dit encore : « .. l’artiste ici rend son émotion, son impression telle qu’il l’a au moment où il écrit, non pas toujours telle qu’il l’a eue dans le moment qu'il raconte. I] substitue à son insu ses impressions et ses effets d'aujourd'hui à ses sentiments d’autrefois. »
2. Mais je tendrais à admettre que certains mensonges, qui me semblent en fait prouvés, sont plus innocents qu’il n’y paraît. Beyle n’avait-il pas fini par croire sincèrement à quelques-unes de ses propres inventions ? La psychologie de Tartarin est un bien curieux et difficile problème.