‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 135 sur 369 · H. Br., I · texte numérisé non relu

H. Br., I

2, « Dieu sait à quelle peine je m'expose, me disais-je, si quelque espion de Séraphie… m'aperçoit ici ? » (Zd., ib.)

3. C’est dans l'automne de 1793 que les églises furent désaffectées, et Saint- André consacré aux séances du club, qui, après le mois d'avril 1794, prend le nom de Société des Jacobins de Grenoble. (Prud., ouv. cit. 640, 642.) On ne peut guère dater avec précision Ja visite que leur a faite Henri Beyle. Ce fut sans doute quand il commençait à prendre quelques libertés, peut-être dans l'hiver de 1795, mais de toute nécessité avant le 41 prairial an IT (cf. plus bas, p- 246, note 2). Beyle aurait eu alors treize ans.

4, Les femmes assistaient à cés réunions dans une tribune spéciale ; un jour l'assemblée les invita « à s'occuper, pendant les séances, à tricoter des bas pour leur famille ou à faire de la charpie pour les blessés. » (Prud., 642.)

ment, et gatement, de leurs façons de parler. Il me sembla sur-le-champ que mon grand-père avait raison. »

Cette désillusion était cruelle. Depuis des années, Beyle entourait Révolution et révolutionnaires d’une auréole glorieuse ; la réalité lui apparaissait, après le rêve : ( Je trouvai horriblement vulgaires ces gens que J'aurais voulu aimer. » Ces admirables sans-culottes, ces émules des anciens Romains, lui répugnaient !

Répugnance puérile, assurément ; mais Beyle ne se guérit jamais d’un tel enfantillage. Cet homme qui adorait la raison fut toujours l’esclave de ses impressions. Et il a pris soin de nous expliquer celle-ci : « J’ai la peau beaucoup trop fine, une peau de femme... De là peut-être une horreur incommensurable pour ce qui a l’air sale, ou humide, ou notrâtre. Beaucoup de ces choses se trouvaient aux Jacobins de Saint-André 1, »

Cette contradiction entre l'esprit de Beyle, ardemment républicain, et sa peau, une peau aristocratique de petite maîtresse, explique toute sa pensée politique. Elle est simple, bien que beaucoup l’aient méconnue : « Je fus alors comme aujourd’hui, j'aime le peuple, je déteste les oppresseurs, mais ce serait pour moi un supplice de tous les instants de vivre avec le peuple. »

Cette attitude ambiguë sera toujours la sienne. De tempérament, de mœurs et d’esprit, Beyle est un aristocrate. Il regrettera, comme un monde fait pour lui, la société exquise du xvure siècle. Mais, par un contraste très stendhalien, ces mondains sans générosité et sans passions répugneront à son cœur. Il aimera ce noble peuple, qu’il croit seul capable d’héroïsme, seul amoureux de la liberté. Il restera toujours républicain ? et patriote, férocement,.

Dans la pratique, Beyle ne sera point gêné de ces contradictions. Il applaudira l'énergie du peuple, et le suivra dans ses combats, du regard, accoudé au balcon de la place

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