‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 136 sur 369 · H. Br · texte numérisé non relu

H. Br

2. Ou, ce qui revient au même, royaliste constitutionnel. La liberté de la presse et les deux chambres suffiront à ses désirs.

Grenette, en 1793, ou, en 1830, à l’abri sous les arcades du Théâtre Français. Mais, comme la foule chantante, hurlante et puante, n’est belle à voir que de loin, Beyle vivra dans les salons de l’aristocratie. Solution élégante d’une antinomie irréductible : Beyle ne sacrifia jamais ses convictions à ses goûts ; il garda les unes, et satisfit les autres.

Mais, à quinze ans, Beyle ne connaissait pas encore l’art de concilier les contraires. Cette première vision, si peu appétissante, d’une assemblée populaire, faillit lui faire renier sa foi. Pour une âme romanesque, pour un lecteur de Jean-Jacques et de l’Arioste, quelle douloureuse impression ! — « La laideur des Jacobins m'avait frappé, je fus pensif le lendemain et les jours suivants : mon idole était ébranlée. Si mon grand-père avait deviné ma sensation,.… il pouvait ridiculiser à jamais les Jacobins et me ramener au giron de l’Aristocratie …. »

Mais la répugnante image « fut bientôt effacée par quelque récit de bataille gagnée 1. »

L’impression s’oublia-t-elle autant que le prétend Stendhal? Je croirais plutôt qu’elle apporta aux enthousiasmes passionnés de l’enfant une atténuation légère, assez pour le préparer à servir plus tard, sans trop de souffrance, tous les régimes. Stendhal ne sera jamais un naïf en politique ; il ne se paiera point de mots ; il n'aura point, pour son propre parti, ces admirations ingénues que les Français prodiguent à ceux qui pensent comme eux. Il mêlera à ses préférences une juste dose de scepticisme. Sa visite aux Jacobins de Saint-André lui avait appris qu'il ne faut jamais voir de trop près les défenseurs de la cause qu’on aime.

APHPBr, 41, (180-184

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