‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 137 sur 369 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« .… je devais être le petit garçon le plus présomptueux et le plus méprisant. Mon grand-père et ma famille me proclamaient une merveille : n’y avait-il pas cinq ans qu'ils me donnaient tous leurs soins ? »

(H. Br. 1, 279.)

Les génies vraiment originaux ne sortent guère des écoles publiques. Beyle en est la preuve. Jusqu'à l’âge de quatorze ans, 1l ne subit pas la commune discipline d’une classe ; il n’eut pas de camarades à qui ressembler. Aussi ne sera-t-il point le produit trop connu d’un moule banal.

Quand il entre dans la vie sociale, c’est-à-dire à l’école, son caractère est fait. Préservé jusque-là par ses haines de l'influence familiale, il va l’être également de l’influence scolaire, grâce à son âge. Mis plus tôt au collège, il n'aurait pas su défendre aussi énergiquement sa personnalité contre ses camarades ou ses maîtres. La médiocrité commune l'aurait avili. Mais nous le connaissons assez pour savoir qu’à quinze ans Beyle n’est plus de ceux que l’on fléchit ou que l’on modèle à sa guise. Une précocité singulière, une ténacité inébranlable, nous garantissent qu’il saura résister.

Ayons donc, une fois de plus, beaucoup de reconnaissance à Chérubin et à Séraphie. Leur longue obstination

à garder Henri Beyle du contact des autres enfants nous l’a conservé dans toute sa pureté. Nous leur devons Stendhal. Beyle leur en veut sottement parce qu’ils l’ont empêché de jouer avec quelques polissons. Il devrait leur en savoir gré.

Mais, si le caractère de Beyle était formé, son intelligence était préparée seulement. L'Ecole centrale de Grenoble y va laisser sa marque profonde.

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