Comme Emile Zola le lui reprochera
que les trivialités populaires. Aucune vérité ne le blesse, pourvu que ce soit, si l’on peut ainsi parler, une vérité romanesque.
Le réalisme de Shakespeare est donc tout justement celui qui doit plaire à Beyle. Et comme il ne s’agit point ici d’une théorie littéraire, mais d’une impression spontanée, nous pouvons croire que Beyle aima Shakespeare à quinze ans pour les mêmes sympathies naturelles et profondes qui le lui firent aimer toute sa vie. Ce sera toujours, comme c'était alors, une « adoration pour la vérité tragique et simple de Shakespeare 1. » — « Imiter Shakespeare ou plutôt la nature », écrira-t-1l dans son Journal de 1804 ?.
Mais, parmi tant de personnages pathétiques, le cœur de Beyle devait aller surtout aux tendres héroïnes du poète. Quelle pauvre figure faisaient, à côté de Desdémone, de Juliette ou d’Imogène 5, les amoureuses qui jusqu'ici avaient troublé ses rêves, celles de Florian, sensibles jusqu’à la niaiserie, celles de lArioste, trop irréelles, et même cette Julie de Rousseau, qui sans doute alors dut commencer à lui paraître bien pédante 4! Comme les poétiques victimes du drame shakespearien étaient plus émouvantes et plus vraies ! Ces jeunes femmes aux destinées tragiques semblaient justement faites pour être aimées d'Henri Beyle : elles étaient romanesques, et ne songeaient vraiment qu'à l’amour, sans y mettre de la vanité ou de l'esprit 5 ; elles étaient assez ardentes pour laisser dans ses rêves une image voluptueuse, mais assez chastes pour ne pas choquer ses pudeurs de quinze ans; elles s’abandonnaient enfin jusqu’à en mourir à leur douce et brûlante passion, et le cœur de Beyle se remplissait d’une pitié infinie : Imogène, Juliette, Desdémone...
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