‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 157 sur 369 · H. Br., LI · texte numérisé non relu

H. Br., LI

en plus Beyle se libérait des conseils et des maîtres. Longtemps soumis aux goûts de son grand-père, sa nouvelle passion pour Shakespeare le montre complètement affranchi ; car Henri Gagnon ne pouvait certes approuver le tumultueux génie du tragique anglais !. Ainsi Beyle, à moins de 17 ans, un peu de parti-pris, et beaucoup par originalité véritable, n’écoute plus que ses sympathies, et juge librement de tout. Au lieu d’être, comme sans doute le plus grand nombre de ses jeunes contemporains, un admirateur exclusif du xvri et du xvrrni siècles français, 1l a déjà vagabondé partout, et l’on peut pressentir le cosmopolite qu'il sera bientôt. Il a goûté aux Italiens, aux Espagnols et aux Anglais. Sans doute son imagination d’enfant romanesque l’égare encore sur les pas de quelques séducteurs à la mode; il s’attendrit trop aisément, ou s’enflamme ; Florian le touche, Jean- Jacques l’entraîne. Mais déjà il commence à se dégager des admirations trop faciles et des goûts vulgaires. Il choisit dans ses choix, et, si l’on peut dire, se libère de lui-même. Il serait prématuré sans doute de vouloir reconnaître, dans les dix-sept ans de Beyle, toutes les théories futures de Stendhal, et son système littéraire. Mais ne voit-on pas apparaître déjà les tendances maîtresses qui feront de lui un romantique ? Ses préférences passionnées vont aux génies les plus énergiques ; et il n’aura nul besoin de renier, trente ans plus tard, ceux qu’il déclare ses maîtres à la fin du xvrrre siècle. Les deux auteurs qu’il lit sans cesse, avant de quitter Grenoble, sont déjà les mêmes qu'il lira toute sa vie : Saint-Simon, son historien préféré, et Shakespeare, son dieu.

1. «... me dit avant-hier qu’il ne pouvait souffrir Shakespeare. » (Lettre de Pauline à son frère, du 8 floréal an XII, dans les Soirées du Stendhal-Club, 29 série.)

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