‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 17 sur 369 · Chateaubriand, Madame de Staël, Benjamin Constant · texte numérisé non relu

Chateaubriand, Madame de Staël, Benjamin Constant

au lointain de leur enfance ‘. Pour eux, ils n’en sentaient guère que le trouble. Et, à peine la Révolution finie, les guerres impériales s’emparaient d’eux, s'ils devenaient soldats : le régime impérial faisait taire ou asservissait leur talent, s’ils osaient être écrivains. De pareils moments historiques ne sont féconds, pour les lettres et les arts, qu’une fois passés, et devenus souvenirs. Présents, ils ne permettent que l’action, ou le silence de ceux qui ne savent point agir ?.

Mais les circonstances politiques n’intéressent pourtant que les apparences extérieures de la vie. Au milieu des révolutions et des guerres, un génie peut grandir dans la solitude. Madame de Staël à Coppey, Chateaubriand dans la Vallée aux Loups, écriront malgré l’Empire ou contre lui. Des influences plus fortes et plus intimes allaient atteindre jusqu’au fond de leur intelligence les contemporains de Stendhal.

Ils arrivaient à la vie en un temps malheureux, même si la politique et la guerre ne fussent pas venues entraver l'éducation de leur esprit. C’était une de ces périodes de transition où les influences de la veille, pas encore mortes, et les velléités encore informes du lendemain, gênent et tiraillent les intelligences. Un génie robuste et simple se développe malaisément dans cette confusion. Il semble que les forces contraires se combattent et s’annihilent. Beyle est né tout justement à ce point mort. Mais tandis que d’autres, entraînés dans le tourbillon des tendances rivales, durent s’y brouiller et s’y perdre, Beyle va tirer de cette époque disparate et contrastée une grande part de son originalité.

En 1783, tous les grands hommes du xvrr1® siècle sont morts ou près de mourir ; mais l'enfant est encore tout baigné dans leur influence, et leurs noms illustres vont le toucher comme des noms de vivants. Depuis cinq années seulement a disparu, en même temps que Voltaire, celui qui sera le premier maître de son cœur, J.-J. Rousseau.

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