H. Br., II
2, Cf. plus haut, p. 295, note 2.
complexe, mêlé d'enthousiasme, d’étonnement, et d’envie, tendre et respectueux chez les uns, chez les autres plus froid et plus ironique, un sentiment que nous retrouverons dans tous les groupes d’amis qui se formeront et se reformeront autour de Beyle, aux différents moments de son existence. Suivant les pays et les âges, les nuances de ce sentiment changeront. Mais Beyle sera désormais de ceux autour desquels l’on fait cercle ; et dans ce cerele il y aura toujours quelques fanatiques.
Et pourtant, parmi ces admirateurs, Beyle ne trouvera jamais l’ami idéal et parfait qu'il avait imprudemment rêvé : « Je m'étais fait, écrira-t-il quelques années plus tard !, une bien fausse idée du nom d’ami. Je voulais un seul ami, mais qu’il fût tout pour moi, comme moi tout pour lui. » Cela ne se rencontre point tous les jours, et Beyle méritait-il pareille aubaine ? « Dès qu’on craint le ridicule dans l’amitié, l'amitié n’est plus 2 », dira-t-il lui-même. Pouvons-nous croire que Beyle ait jamais consenti à être ridicule aux yeux de son meilleur ami ?
D'ailleurs il avait des passions trop fortes pour devenir jamais un ami parfait. Ce rôle difficile suppose de l’abnégation, et une personnalité discrète. Les hommes trop sensibles, comme Beyle, sont des égoïstes. L’intensité de leurs propres émois concentre sur eux-mêmes toute leur attention. Ils réclament bien l’amour des autres ; leur cœur en a besoin; mais ils rendent moins qu'ils ne donnent. Au milieu de ses compagnons, Beyle se considérait volonüers comme le centre naturel -de leur dévouement. Il se laissait aimer, et, au besoin, admirer. Mais lui, l'âme toujours absorbée par le désir romanesque d’une grande
passion, ne répondait qu'avec distraction à ces amitiés moyennes et vulgaires.