Id
Cette orgueilleuse attitude ne réussit pas toujours. Beyle n’entretenait ses camarades que de lui-même, de son propre caractère, de ses rêves et de ses joies. Et il s’étonnait après cela de leur froideur !. Ses compagnons se lassaient de contempler toujours l’âme d'Henri Beyle.
C’étaient là de bonnes raisons pour n’avoir jamais d’amis. Beyle en eut pourtant, et d’excellents. C’est que, parmi son égoïsme, il avait ses moments de tendresse délicate et d'abandon. On le sentait, au besoin, capable de générosité. Parfois même cet égoïste et cet orgueilleux avait des admirations soudaines, et distribuait du génie à ses amis reconnaissants. Le fait est que, parmi ses compagnons de l’Ecole centrale, Beyle va trouver les meilleurs camarades de sa jeunesse, et l’ami de toute sa vie, Félix Faure, Mante, et l’incomparable Crozet.
Il est un homme pourtant qu’il faut nommer avant ceux-là, car il fut pour Beyle mieux et moins qu’un ami. Je veux parler de son futur éditeur, de son exécuteur testamentaire, de son biographe, — son digne cousin Romain Colomb ?, — Colomb, l’ami dévoué de toute la vie, celui qu’on retrouve pour les services ennuyeux, le lecteur patient de la copie inemployée, le confident des vraies peines, le brave homme enfin dont on se moque, et que l’on méprise un peu, Colomb, un « vrai bourgeois » 5.
Beyle, racontant sa jeunesse, ne pense guère à nous