DOTE CARO
nent, en 1799, le premier prix de mathématiques 1. Mais, bien que leur naissance les rapprochât (Crozet appartient lui aussi au monde du Palais ; il est fils d’un avoué qui demeure, comme Chérubin Beyle, rue des Vieux-Jésuites ?), 1l ne semble pas qu’ils se soient beaucoup fréquentés dès ce temps-là. Du moins, en 1804, Beyle ne le compte-t-1l pas encore parmi ses amis de premier choix. Leur intimité ne date que de 1805.
Je n’expliquerai pas les débuts difficiles d’une amitié qui devait être un jour si vive et si forte. Crozet sans doute n'était point de ceux qui séduisent au premier abord. € Il avait une figure ronde et blafarde, fort marquée de petite vérole, et de petits yeux bleus fort vifs, mais avec des bords... éraillés par cette cruelle maladie. Tout cela. complété par un petit air pédant et de mauvaise humeur. » Il marchait « mal et comme avec des jambes torses »; c'était en un mot «l'enfant le plus laid et le plus disgracieux de l'Ecole centrale 5. » Son esprit même, un peu livresque, plus sérieux que brillant, ne laissait pas d’avoir quelque provinciale lourdeur. Beyle ne découvrit donc que plus tard combien cet ami lui convenait : même raison, claire, précise, logique ; même goût passionné et maniaque pour l’analyse morale ; même opimiâtreté dans l’observation de l’âme humaine, à travers les livres et la vie; mieux encore, même imagination romanesque étrangement unie à l’esprit d’un mathématicien et d’un philosophe, même cœur ardent, sensible et méconnu 4 Jamais Beyle, dans sa longue vie, ne rencontrera une autre âme aussi parfaitement et complètement
4. Moins âgé que Beyle d’un an, il entrait à l'Ecole centrale en même temps que lui, et se faisait aussitôt remarquer par sa jeunesse et ses succès : premier prix d'histoire naturelle et premier prix de langues anciennes en l’an V ; premier et second prix en l’an VI ; premier prix de belles-lettres et de mathématiques en l’an VII, etc.