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paraît n’avoir point suivi la mode. Mais Henri Beyle, au contraire, ne demandait qu’à obéir aux traditions de sa famille et de sa patrie.
Les plaisirs s’offraient à Grenoble, variés et au goût de chacun. Tandis que les gens de robe, qui n’étaient point hommes du monde, se réunissaientent re eux pour faire des diners fins et déguster des vins de choix, les jeunes nobles et leurs émules s’adonnaient plus volontiers à la galanterie. Il y avait dans la capitale du Dauphiné toute une jeunesse dorée, brodée, couverte de dentelles et de soie, dont l'occupation maîtresse était de se parfumer et de se friser. Quand ils avaient paré précieusement leur élégante personne, les salons s’ouvraient pour leur amusement, ou les coulisses.
Dans le monde, on leur demandait l’effort des jeux de société : « charades, énigmes, logogriphes, bouts-rimés », faisaient fureur. Et les femmes, qui se piquaient toujours d’être lettrées, voulaient à leurs amants du bel esprit *. Les bals, les soupers, « la succession des amusements de toute espèce », tous « les plaisirs bruyants d’une capitale », vâtaient si bien les trop heureux habitants de Grenoble, qu’ils ne pouvaient plus supporter ensuite « l'ennui mortel » de la vie à la campagne ?.
Mais les dons Juans dauphinois, saturés dans les salons de madrigaux et de sensiblerie, éprouvaient souvent le besoin d’aller se délasser ailleurs. Le théâtre de Grenoble était le centre de plus libres plaisirs. Tous les fats de l’endroit venaient au foyer « adorer et turlupiner » les actrices. Ils se plaisaient ensuite, avec une vanité provinciale, à étaler aux yeux de tous les conquêtes qu’ils avaient.payées à prix d’or. Les petits soupers réunissaient amis et amies, et le jeu complétait la fête.
Les jeunes compatriotes d'Henri Beyle compensaient ingénieusement par les profits de leurs amours mondains
4. Voir La Vie de Province au XVITII® siècle, les Femmes, les Mœurs,. les Usages, par A. De Gallier : Paris, 1877, in-80. On y trouve maint détail sur Grenoble, mais n'ayant trait qu’à la noblesse ; et l’auteur est si pudibond, qu'il supprime tous les faits piquants et caractéristiques.
2, Berriat Saint-Prix, I, 216-217.
les frais de ces luxueuses débauches. Les cantatrices, très à la mode, coûtaient plus cher encore que les habits brodés. Maus les femmes du monde donnaient à leurs préférés de quoi s'acheter les uns, et ils en profitaient pour s’offrir les autres !.
Henri Beyle, qui ne fréquentait point les salons, et n’entrait pas dans les coulisses, put à peine entrevoir de loin, et envier, l'audace de ces jeunes gens si bien mis, qu'il désespérait d’égaler jamais.
C’est dans la rue surtout qu'il lui fut possible d’admirer la galanterie de ses compatriotes. L'existence de la Grenobloise élégante comportait beaucoup de promenades. Un Milanais, Vincenzo Lancetti, réfugié à Grenoble en 1799, nous assure que « les Lyonnaises ne s’habillent pas ‘avec autant de goût que les femmes de Grenoble ?. » Ces toilettes charmantes, elles tenaient à les montrer. La place Grenette et la Grande Rue étaient leurs lieux d'élection. C’est là que se trouvaient les plus beaux magasins, et surtout les marchandes de modes, devant lesquels elles passaient et repassaient, l'hiver avant dîner, et avant souper dans la belle saison 5. Henri Beyle, entrant chez lui et en sortant, frôlait done chaque jour ces jolies promeneuses.
Le dimanche, la messe de midi, à Saint-André 4 ou à la cathédrale, réunissait tout le « beau monde » de Grenoble : pieux salon, où l’on formait des groupes, où l’on causait presque à voix haute, où l’on parlait même affaires.
Après avoir fait admirer sa toilette dans le demi-jour de l’église, il était d’usage, en attendant l’heure du dîner, d’aller à la promenade publique la montrer en pleine
4. Dans le roman de Berriat Saint-Prix, Montmartin, noble ruiné, et don Juan de coulisse, compte sur un riche mariage pour « mettre bientôt une partie des trésors » de sa fiancée taux pieds de. la première cantatrice de l'opéra.» — Romain Gagnon, d’après son neveu, fera pis encore (/1. Br, I, 73-74).
2. Manacorda, 1 rifugiati ialiani in Francia negli anni 1799-1800 : Torino