‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 205 sur 369 · H. Br., I, 180. Cf · texte numérisé non relu

H. Br., I, 180. Cf

4. Madame la comtesse Cur..l (Menta) lui écrira, avec plus de franchise que de délicatesse : « Ta petite lettre de samedi m'a fait éprouver un frémissement semblable à celui que me cause ta jolie main quand elle est en promenade sur mon vieux cuir... » (Comment a vécu Stendhal, 144.)

système nerveux !, Cette irritabilité maladive sera encore avivée, à partir de 1800, par un accident inguérissable. Mais il est permis de croire qu’elle était congénitale ?. Les variations de température, l'humidité ou la sécheresse de l'atmosphère, le vent qui soufflait, lui donnaient « mal aux nerfs $ ». S'il attribua plus tard tant d'importance au chmat dans la formation du caractère, c’est peut-être que lui-même y était plus sensible que personne.

Toujours tendu ou prostré, les excitants comme le café l’énervaient jusqu’à la souffrance 4 Une émotion vive le rendait malade 5. D’autres symptômes plus morbides, qui se développeront vers la fin de sa vie, décèlent un système nerveux profondément détraqué 6,

De ces dérangements d’un organisme d’ailleurs robuste et sain, on a tiré des conclusions excessives 7. Disons seulement qu’une sensibilité nerveuse tellement à vif préparait

4. « Mes médecins... m'ont toujours traité avec plaisir comme étant un monstre, pour l’irrilabilité nerveuse. Une fois, une fenêtre ouverte dans la chambre voisine dont la porte était fermée me faisait froid. La moindre odeur (excepté les mauvaises) affaiblit mon bras et ma jambe gauche, et me donne envie de tomber de ce côté. » (Soup. d’Egot., 80.)

2. Nous manquons de témoignages, sur ce point, pour la jeunesse de Beyle. Mais on peut supposer qu’il avait hérité la nervosité des Gagnon : « Mon. grand-père... avait des vapeurs (comme moi misérable), des rhumatismes.… » (H. Br. 1, 35.)

3. « Le temps, qui est étouflé, me met du tendre dans l’âme. » (Journal, 219.)

&. «.. un excès de café commis avant-hier.., m'avait jeté dans la névralgie.. Ce café trop excellent, lettre de change tirée sur le bonheur à venir au profit du moment présent, m’a rendu mon ancienne névralgie, et j'ai été à la Chapelle Sixtine comme un mouton, id est sans plaisir, jamais l'imagination n'a pu prendre son vol. » (FH. Br., I, 9.) A noter cet avant-hier : une réaction nerveuse sensible au bout de quarante-huit heures !

5. « J'ai tant senti ce soir que j'avais un fort mal à l’estomac. » (Journal, 165.)

6. À cinquante ans, il a ( souvent » un « mouvement nerveux de la main » qui le gêne pour écrire. (H. Br., II, 256.) Il avait déjà des attaques de nerfs à trente-trois ans (Corr., II, 17).

7. M. E. Seillière a studieusement rassemblé tous ces symptômes morbides (Le mal romantique. Paris, 1908, 190-193). Mais deux défauts graves gâtent sa démonstration remarquable ; d’abord son habituel préjugé contre tous les romantiques ou prétendus tels, qu’il considère comme des fous assez méprisables ; puis, pour Stendhal, son ignorance des faits essentiels ; il attribue à une cause mystérieuse et inquiétante la mort de M€ Beyle, — morte en couches, — et il ne connaît pas une circonstance décisive pour la pathologie de Beyle, son aparie,

Henri Beyle à bien jouir et à bien souffrir de la vie. Mais elle le préparait surtout à l'amour. Les moindres émotions, désirs ou craintes, espoirs ou jalousies, auront d’étranges résonances dans ces nerfs toujours vibrants, et la délicatesse de sa nature physique multipliera indéfiniment à travers tout son être l’écho des troubles de son cœur. Enfin, selon toute apparence, ces nerfs si impressionnables devaient faire de Beyle un excellent instrument de plaisir, et le rendre capable des plus exquises sensualités.

Les physiologistes curieux s’inquiéteront encore de savoir si le jeune Henri Beyle apportait au banquet de l'amour autant d’appétit que de goût. Etait-il un de ces dons Juans vulgaires dont le succès comme l’ardeur viennent surtout d’un estomac robuste et insatiable ? Sur un sujet aussi délicat, il suflira sans doute de dire qu’on ne doit pas expliquer par les exigences de la faim l'éternel désir de ce cœur toujours ému. L’imagination régnait en maîtresse sur ses plaisirs. Elle les lui apportait, elle pouvait même les lui ravir, — et si bien lui gâter une réalité très proche qu’il en eut auprès de ses amis la plus humiliante réputation 1 Plus amoureux qu’amant, 1l était capable, par fidélité, par souvenir romanesque, d’une continence véritable ?, et « l’amour » le rendait chaste, lui qui trouvait la chasteté « une vertu bien comique $. »

Beyle nous a fourni d’ailleurs sur lui-même, dans son journal inédit, les renseignements les plus circonstanciés *. Mais nous en croirons encore plus volontiers Menta, la moins discrète de ses maîtresses : d’après cette femme d'expérience, Henri Beyle ne méritait, comme amant,

1. Voir les Souvenirs d'Egotisme, chap. 11, et, dans l'Amour, le chapitre des fiascos (222).

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