‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 232 sur 369 · LE DÉPART DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

LE DÉPART DE GRENOBLE

« Pour Julien, faire fortune, c'était d’abord sortir de Verrières ; il abhorrait sa patrie. Tout ce qu'il y voyait glaçait son imagination. »

(Le Rouge et le Noir, I, 22.)

Grenoble avait donné à Henri Beyle tout ce qu’il en devait jamais recueillir. Il s’y était rassasié des joies et des amertumes familiales. Il y avait fait ses premières expériences de la société. Il y avait lu ses auteurs préférés, entrevu l'idéologie, découvert les mathématiques. Il y avait surtout connu, comme on les connaît à seize ans, l’amitié et l’amour. Enfin la nature, qui environnait sa laide cité d’un décor sublime, lui avait révélé quelques beautés inoubliables. Beyle avait donc épuisé toutes les nourritures intellectuelles ou sentimentales que sa patrie lui pouvait procurer. Il était temps pour lui d’en sortir. Depuis longtemps il ne songeait plus qu’à cela.

Le dernier examen de l’Ecole centrale lui avait fait éprouver l'ivresse d’un triomphe. Elle l’attendrit. Il eut des aphorismes généreux : « En ce moment, déclara-t-il au milieu de ses camarades pleins d’admiration, on pardonnerait à tous ses ennemis !. »

Puis il alla se reposer de son surmenage à la campagne, et savourer en paix sa Jeune renommée, en face de ces montagnes éloquentes, bien faites pour surexciter en lui les plus fières ambitions.

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