‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 280 sur 369 · P. 142 et suiv · texte numérisé non relu

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4. Il s’est tenu là longtemps encore. Depuis quelques années seulement, et surtout depuis la création du nouveau pare derrière le Castello, les bastions de la Porta Venezia sont désertés. D'ailleurs l’habitude du corso, si chère à toutes les villes italiennes, est à peu près perdue à Milan.

5. Aujourd’hui villa Reale. Tout cet aspect n’a pour ainsi dire pas changé depuis Stendhal. On a seulement beaucoup agrandi les jardins publics, qui ont quadruplé d’étendue. Mais, à la place des parties nouvelles, il y avait déjà des champs ou des jardins particuliers.

dôme de Milan... La campagne... vue des remparts... est tellement couverte d’arbres, qu’elle présente l'aspect d’une forêt touffue ... Par delà... s'élève à quelques lieues de distance l'immense chaîne des Alpes, dont les sommets restent couverts de neige, même dans les mois les plus chauds ?... Ces sommets äpres et couverts de neige forment un admirable contraste avec les sites voluptueux de la plaine et des collines.., et semblent dédommager de la chaleur extrême 3... Sous cette belle lumière de l'Italie, le pied de ces montagnes. paraît d’un bleu = foncé : ce sont absolument les paysages du Titien... »

Mais était-ce le paysage du Titien que Beyle venait ici chercher, au temps de Marengo ? Ou ne regardait-il pas davantage un plus vivant spectacle ?

« Toutes les voitures se rangent à la file, après avoir fait une fois le tour du Corso, et restent ainsi une demiheure. Les Français ne pouvaient revenir de l’étonnement que leur causait ce genre de promenade sans mouvement 5. Les plus jolies femmes venaient au Corso dans des voitures fort peu élevées au-dessus de terre, nommées bastardelles, et qui permettent fort bien la conversation avec les promeneurs à pied... Avant l’arrivée de l’armée, on ne voyait jamais que deux rangs de voitures au Corso ; de notre temps on en vit toujours quatre files, occupant

Â. Il en fut ainsi pendant toute la première moitié du siècle dernier. Aujourd’hui toute une ville neuve s'étend au delà des remparts, et la gare voisine a contribué encore à détruire la vue gracieuse que décrit Stendhal.

2. Comme toutes les fois qu’il s’agit de Milan, Stendhal embellit. La vue des Alpes est bien telle qu’il la décrit, mais les Milanais en jouissent rarement. Invisible l'hiver à cause de la brume qui couvre toute la Lombardie, la buée chaude qui monte de cette plaine détrempée pendant l'été la laisse alors rarement apercevoir.

3. On sait que Milan est en été la ville la plus chaude de l'Italie. La température fut particulièrement pénible pendant cet été de l’an VIII. Beyle s’en plaint souvent dans ses lettres à Pauline : « Nous avons ici des chaleurs extraordinaires qui nous accablent horriblement. D'abord nous avons cru pouvoir les braver en nous emplissant de glaces, mais nous avons éprouvé qu’elles nous échauffent après nous avoir rafraîchis un instant. » (10 messidor : Corr., I, 7.)

&. Blond dans le texte, erreur évidente.

5. Desaix en effet ne trouve que monotonie et ennui à de pareilles distractions.

toute la longueur de la promenade, et quelquefois six 1... »

Au milieu de ces femmes élégantes, les officiers français faisaient caracoler leurs chevaux, et promenaient leur brillant uniforme. Cependant Beyle les regardait avec envie, ne se doutant point qu’un jour lui-même ne serait plus dans cette foule un étranger solitaire, mais, devenu Milanais, viendrait comme les autres retrouver au corso sa maîtresse.

Quand le soir tombait, à l’heure de Ave Maria, les voitures se remettaient en marche, et les dames, sans descendre, venaient prendre des glaces au café à la mode, celui de la Corsia de’ Servi 2.

Tous les jeunes officiers s’attablaient là ; et c'était sans doute le moment où ils se contaient leurs bonnes fortunes, tandis que défilaient sous leurs yeux leurs conquêtes. Mais Beyle était bien empêché de narrer ses exploits. Plus souvent silencieux, il essayait parfois de mettre la conversation sur quelque sujet à lui plus familier, la littérature par exemple. C’était là son fort. Et pareille supériorité le consolait presque de réussir mal dans la galanterie $, Quelquefois aussi, — et c’était apparemment mieux à la mesure de ces jeunes vuerriers ignorants, — il arrivait à Beyle de jouer au loto 4.

Le soir, il s’en allait au bal.

Dès l’arrivée des Français, les bals s'étaient multipliés ; nouveau grief pour ces « Austriacanti », devenus austères par esprit d’opposants, et qui accusaient l’armée

1. La description de Desaix (lis. cit., 92-93) confirme celle de Stendhal : « .… tous ceux qui ont des voitures {et le nombre en est immense à Milan), vont, en voiture beaucoup plus ouverte que les nôtres, y faire trente ou quarante tours de promenade à la file. On voit souvent quatre rangs de voitures, jusque même six... Après plusieurs tours, on se met de côté dans un rang qui reste établi et on regarde passer les autres. On se promène quelquefois à pied, mais rarement ; la poussière est assommante, quoiqu’on arrose souvent. » Cf. les lettres de Maurice Dupin, déjà citées.

Dans la Miscellanea politica (Bibl. Ambrosienne), on signale aussi la reprise brillante du corso au mois d’août 1800.

2. Vie de Nap., 145. — La Corsia dei Servi continuait, en allant vers le Dôme, le Corso di Porta Orientale. Ici encore Stendhal était done près de chez lui.

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