‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 307 sur 369 · L'expression de Beyle est plus précise · texte numérisé non relu

L'expression de Beyle est plus précise

2. Il sera malheureusement impossible de les reproduire jamais. J’ai publié ce qui était publiable dans le Journal d Italie, 34-35.

3. 93 floréal : « J’ai eu la fièvre le soir » ; — 98 floréal : « J'ai eu un accès de fièvre très fort cette nuit » ; — 17 prairial : € Ma fièvre quotidienne continuant toujours, je suis allé à Milan pour consulter M. Gonel » ; — 14 prairial : « Toujours la fièvre tous les soirs » : — 20 prairial : « La fièvre dure toujours »; etc. (Jour. d’It., 10, 12, 13, 16, 17.) On trouvera des détails sur sa santé, et les médecines qu’il prend, à chaque page du journal. (Cf, Corr., I, 19.)

d’étroits pertuis, la grâce imprévue de blanches arcades apparaît dans l’ombre des cours. Beyle, qui saura plus tard comprendre la beauté faite de raison et d’harmonie, ne sentira jamais le pittoresque, inventé par les romantiques. Sienne, Venise, le trouveront indifférent. Ne nous étonnons pas qu’il ait méconnu, à dix-huit ans, quelques vieilles rues de Bergame.

La vie de l’état-major n’offrait guère à sa curiosité. Quelques officiers qui passaient étaient reçus chez le général Michaud. Ainsi Beyle, le 19 floréal, eut l’honneur de dîner à la même table que le futur général Foy, qu'il placera un jour dans son cœur à côté de ses héros préférés, Byron, Napoléon. « C’est un jeune militaire de petite taille et de la plus grande espérance », écrit-il en 1801, non sans une espèce de perspicacité. Mais 1l note, qu’il «a volé une voiture à Bergame », et donne sur l’état de santé du commandant Foy des détails qui ne devaient point passer à la postérité 1,

Dans cette petite ville, dans ce petit état-major, Beyle devient fort cancanier. C’est une forme de cet amour des anecdotes et des petits faits, qui contribuera plus tard à faire de lui un grand psychologue. Mais les commérages de l’état-major sont dépourvus d'intérêt pour le moraliste. Leur monotonie est fâcheuse. Il ne s’agit guère que de vols commis par les chefs : « Dalbon et Combe ont volé 100.000 écus... Le général Franceschi... est un lâche. » Il a volé « 2 ou 3 millions. Le général Brunet est venu... C’est un voleur, vain, bête, et bavard 2... » Beyle n’est point porté au respect de ses chefs.

Quant à ses camarades, on peut croire qu’il les méprise. Sans doute il court avec eux les théâtres, les cafés et les mauvais lieux de la ville; et bien souvent il les étonne par ses accès de gaîté, sa verve folle, ses exagérations passionnées ; mais parfois aussi on le voit silencieux et sombre. Il n’est jamais à l’unisson.

Cette âme sans mesure ressemble trop peu aux autres

dJour.1d'It, 8; 12:

pour éprouver, pour attirer la sympathie. Qu’a-t:l de commun avec ces Joyeux compagnons, satisfaits de plaisirs faciles, et chez lesquels il a su distinguer déjà cette brutalité soldatesque, qui lui rendra plus tard si odieux les officiers de la Grande Armée ? Dès le 30 floréal il écrit : « Ne pourrait-on pas faire une pièce intitulée : La soldatomanie où La manie du militaire ? »

Lui se sent de moins en moins l'esprit d’un soldat. « Travaillons, écrira-t-il un peu plus tard 1... Donnonsnous des talents ; un jour je regretterais le temps perdu... » Mais ce n’est plus la stratégie de M. de Turenne qui l’intéresse : «Je crois. qu’un jour je ferai quelque chose dans la carrière du théâtre... » Voilà, n’en doutons point, la vraie pensée de Beyle, et son espérance profonde. Ne voyons dans tout le reste que divertissement transitoire. Ce sous-lieutenant de dragons n’est qu’un lttérateur déguisé en soldat.

Il faut admirer cette âme obstinée. La vocation des lettres, la première apparue dans sa pensée d’enfant, ne quittera jamais Henri Beyle. Sous tant d’uniformes et de métiers, au long d’une vie plus bigarrée en apparence et plus capricieuse que nulle autre, quelle merveilleuse unité ! quelle rectitude et quelle suite dans son vouloir | Beyle, si fantaisiste d’ailleurs, travaille, travaille sans cesse, avec un acharnement et une abnégation qu'il ne retrouvera jamais pour nulle chose au monde, il travaille à l’étude de l’homme ou à celle des livres, — et pour lui comme pour Montaigne ces deux études n’en font qu’une.

«Mon esprit, qui est sans cesse occupé, me fait toujours rechercher l'instruction qui peut justifier mes espérances ; dès qu’une occasion de m'instruire et de m’amuser se présente, j'ai besoin de réfléchir qu’il faut que j'acquière l'usage du monde pour choisir le plaisir ; comment peux-Je m’étonner ensuite d’avoir un air gauche auprès des femmes, de ne pas réussir auprès d'elles, et de ne briller dans la société que lorsqu'on raisonne ferme, ou... lorsque la

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