On le lira à l’appendice
riche. Elle ne comprend pas moins de 58 volumes, lourd bagage pour un sous-lieutenant.
Cette bibliothèque est étrangement disparate. On y trouve les poètes anciens, Homère !, Virgile et Horace, et les classiques du grand siècle, Racine, Boileau, Molière. Beyle qui, à l'exemple de celui-ci, avait la double ambition de « faire des comédies »et de «vivre avec une actrice », n'avait pu se séparer en campagne de cet Art de la comédie, qu’il avait acheté l’année précédente à Cailhava luimême, et lisait les Mémoires de Lekain en rêvant aux coulisses du Théâtre français. Le philosophe, l’idéologue, étudiait Voltaire et le livre de Condorcet sur Les Progrès de l'esprit humain. Mais le rêveur, le poète, n'avait pas oublié ceux qui avaient enchanté son enfance ; seulement il les lisait aujourd’hui en italien ; c’étaient la Gerusalemme liberata du Tasse, et l’Orlando furioso de l’Arioste, ces quatre petits volumes in-18 qu’il portait dans les fontes de ses pistolets, en chevauchant à travers les monts de la Toscane. Enfin, parmi ces maîtres du passé, un seul écrivain vivant : Henri Beyle, qui le croirait ? emportait avec lui en Italie l’Epitre à Delille et la Cléopédie de Pierre Daru. Mais peut-être les lisait-il peu.
Le studieux Beyle n’avait point oublié non plus ses
grammaires, grammaire italienne, — celle de son maître l'abbé Gattel, — grammaire anglaise et grammaire française.
Mais, perdus au milieu de ces poètes, de ces philosophes et de ces philologues, quelques ouvrages militaifes viennent nous rappeler pourtant que Beyle est officier de dragons : c’est un traité de Manœuvres, qu’il commence, ces jours-là mêmes, à étudier ?, après un an de service ; c’est le Règlement du 12 août 1788 et celui du 24 juin 1792. Enfin, à côté d’un Journal des opérations de l'armée d'Italie, voici le Rapport sur la bataille d'Hohenlinden. Beyle, toujours frondeur, et alors républicain fervent,
1. Les douze volumes de la traduction, alors célèbre, de Bitaubé. C'était un
prix de l'Ecole centrale.