Jour. d’It
prenait-il plaisir, dans l’armée du vainqueur de Marengo, à ne rien tant admirer que le génie de son rival ?
Mais en vérité il ne songeait plus guère alors à la tactique ou à la stratégie. En lisant ses romanciers et ses poètes, il tâchait d'oublier qu’il était soldat. Ainsi fera, vers le même temps, Paul-Louis Courier. Lui aussi, comme Beyle, emportera partout un livre cher, sa « société », son « unique entretien dans les haltes et les veillées 1». Etsi ses camarades en riaient, on peut supposer que Beyle non plus n’a point échappé aux mêmes railleries.
Au 6° dragons, plus encore que dans l’entourage du général Michaud, parmi ces rudes sabreurs, Beyle se sentait un étranger 2. De ses compagnons d’alors il ne nous dit rien, ou ce n’est qu'un mot en passant, sur la bêtise de l’un ou la platitude de l’autre 5. Mais les archives du régiment nous font croire que Beyle avait tous les droits d’être sévère, ou dégoûté 4 Quant au colonel Le Baron, c'était assurément un brave soldat et un brave
1. Correspondance de P. -L. Courier, lettre de septembre 1806.
2. D'autant plus qu'apparemment ce jeune homme trop protégé inspira peu de sympathie à des officiers qui avaient gagné leurs galons sur les champs de bataille d'Allemagne et d'Italie. « Dans son régiment Beyle, qui avait 150 francs de pension par mois et qui se disait riche,.… fut envié et pas trop bien recu. » (H. Br., II, 208.) Et c'était, par surcroît, un «intellectuel » !