H. Br., I
6. Avril, 97. On peut voir encore sa tombe au cimetière de la Tronche.
hal écrivait, dans la Vie d'Henri Brulard, ces fortes pages, haineuses et puériles. Il avait peut-être oublié son élève, mais lui ne l’oublia jamais !.
Le 4 décembre 1835, il manqua volontairement une bonne fortune (et à cet âge elles se font rares), parce que la «jolie Lyonnaise » qui le regardait « sans cruauté » avait le nez de l’abbé Raïllanne ?.
Il avoue lui-même que son « horreur » pour cet homme « frise la manie ». — « Comme il n’y a aucune consolation, rien que de laid et de sale, dans les souvenirs de l’abbé Raillanne, depuis vingt ans au moins je détourne les yeux avec horreur du souvenir de cette terrible époque ©. »
Et si l’on soupçonne Beyle, en écrivant Henri Brulard, de laisser trop son imagination exagérer sa haine, il faut écouter Mérimée : « Il racontait avec amertume, après quarante ans, qu'un jour, ayant déchiré en jouant un habit neuf, l’abbé chargé de son éducation le réprimanda vertement pour ce méfait devant ses camarades, et lui dit « qu’il était une honte pour la religion et pour sa famille. » .. Nous rions quand Beyle nous racontait cette histoire ; mais lui n’y voyait qu’une tyrannie eléricale et une horrible injustice... Il sentait aussi vivement qu’au premier Jour 4... »
À se rappeler l’abbé Raïllanne, Beyle n’a jamais pensé que l’on pût sourire. Une haine si opiniâtre, au bout de presque un demi-siècle, fait le même honneur au maître farouche qui l’inspira et à l’enfant de dix ans qui ne l’a jamais oubliée. Ils avaient l’un et l’autre des âmes hors du commun.
1. «Les souvenirs de la tyrannie Raïllanne m'ont fait horreur jusqu’en 1814 ; vers cette époque je les ai oubliés, les événements de la Restauration absorbaient mon horreur et mon dégoût. » (H. Br., I, 124.)