‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 88 sur 369 · Aujourd’hui dans la collection de M. Blanchard de Farges · texte numérisé non relu

Aujourd’hui dans la collection de M. Blanchard de Farges

ne savait encore voir en lui qu’un auteur difficile, trop aimé de l’abbé Raillanne !.

Pour avoir voulu lui faire faire des vers latins, on le dégoûta de la poésie française. C’est lui du moins qui nous l’affirme.

M. Durand s’efforçait de le faire rivaliser avec un jésuite, auteur d’un poème latin sur une mouche qui se noie dans une jatte de lait ? : « .. de cette époque, écrit Stendhal, date mon horreur pour les vers. Même dans Racine, qui me semble fort éloquent, je trouve force chevilles 3. » Ce rapprochement n’est point si incohérent qu’il le paraît. À trop chercher l’épithète Inutile, pour boucher les trous d’un vers latin, Beyle se persuada que, si l’on veut exprimer exactement une pensée précise, 1l vaut mieux écrire en prose. Rien assurément d’invraisemblable à ce qu’il ait aperçu pour la première fois, en rétablissant des hexamètres, cette idée simple et spécieuse, qu’il répétera si souvent dans la suite, et qui deviendra l’un de ses axiomes favoris. Les distiques du père jésuite lui ont paru, avant l’alexandrin classique, des « cachesottise ».

Une coïncidence malheureuse acheva d’enlever à Beyle, pour jamais, le goût de la poésie. Le volume du jésuite était noir, gras et sale. La répulsion de l’enfant pour les objets au contact visqueux est l’une de ses idiosyncrasies. « La saleté m’eût fait prendre en horreur l’Arioste... que j'adorais.. » Pour comble de malheur, à ce livre répugnant s’associa l’image de M. Durand, mal vêtu luimême. Beyle fut dégoûté du maître, du livre et des vers latins.

Cet exercice, vanté par Sainte-Beuve, ne profita donc point à Henri Beyle 4. À vrai dire, il faisait faire ses vers

1. Il prétend même que « jamais... Virgile ne s'est relevé » pour lui « des

effets de cette mauvaise compagnie. » (11. Br., IT, 132.)

2, « Tout l'esprit était fondé sur l’antithèse produite par la blancheur du lait et la noirceur du corps de la mouche, la douceur qu’elle cherchait dans le lait et l’'amertume de la mort.»

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