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G.2H%Br., 1220
Il faut admirer la merveilleuse précocité de cette vocation !, et sa persistance. Depuis qu’il se connaît, jusqu’à sa mort, Beyle n’a point changé son désir : il veut être un auteur, il l’a toujours voulu ?.
Or l'enfant qui lit des livres avec l’intention d’en faire lui-même plus tard n’est point un lecteur ordinaire. Il doit avoir pour les écrivains une admiration jalouse, et une tendresse en quelque façon fraternelle. En les étudiant, il croit apprendre à devenir leur rival. Quelle ardeur, quelle attention, quelle gravité, cela ne va-t-1l point donner à ses lectures? Si Beyle y met une émulation passionnée, c’est qu’il fait son apprentissage de la gloire.
Beyle, hvré à lui-même, aurait admiré à tort et à travers, préféré les séducteurs les plus dangereux, et gâché ses bonnes dispositions. Le grand-père vint tempérer l'esprit fougueux de son petit-fils ; 1l lui donna des leçons de goût ; 1l insinua dans cette âme passionnée un peu de curiosité aiguë et froide. Il lui persuada enfin quelquesunes de ses préférences de vieillard. L'enfant avait trop de fantaisie et d’ardeur pour en être gâté. L'influence du docteur Gagnon lui fut de tout point salutaire.
Il y eut done, parmi les livres de Beyle, toute une biblio-
4. I] va de soi que je n’affirme pas l’âge de sept ans. Mais je ne vois aucune raison sérieuse de douter que Beyle, dès sa première adolescence, — avec moins de précision peut-être qu’il ne nous le dit, — ait surtout désiré la gloire littéraire. Cela me paraît dans la vraisemblance psychologique. D'ailleurs le témoignage d'Henri Brulard est vérifié par d’autres, plus anciens, et plus sûrs. Dans une lettre à son meilleur ami, Crozet, du 30 septembre 1816 (Corr., II, 9), Beyle écrit : « Depuis qu'à douze ans j'ai lu Destouches, je me suis destiné. à faire des comédies. » L'âge seul a changé, mais le fait persiste. Et il est confirmé, mieux encore, à mon avis, par ce passage du Journai de Stendhal (17 frimaire an XIII, p. 96) : «.… mes anciennes lectures..., celles qui me jetèrent dans l’art dramatique. C'était peut-être avant le jour 6ù l'on fit périr les deux prêtres, .) Or ce jour est le 26 juin 1794. Nous voici donc, par un témoignage d’une sincérité irrécusable, reportés même au delà des douze ans de tout à l'heure.
2. Faut-il citer cette opinion de M. Georges Pellissier : « Son œuvre n'était pour lui que chose fortuite, une simple récréation Ju fit par-ei par-là quelques livres, mais à ses moments perdus et saus jamais devenir auteur » (Lit. franç.
de Petit de Julleville VII, 441) ?
thèque d'auteurs graves et délicats, spirituels et lucides, profonds par aventure, qui lui venaient de son grand-père. Et ces lectures formèrent, en quelque façon, tout un côté de son esprit, celui de la finesse et de la raison, le compartiment de la philosophie un peu sèche, exacte et étroite, du xvin® siècle. Par son grand-père, et par les auteurs que celui-ci lui fait lire, Henri Beyle hérite du siècle où il est né.
À vrai dire ce ne sera point sous cet aspect-là peut-être que Beyle se montrera le plus original et le mieux luimême. Cette logique mordante est sans doute ce qu’ont surtout aperçu et admiré ses disciples. Mais il y a ailleurs, et plus au fond, un autre Beyle, plein de tendresse et de déraison. Il se retrouvera tout à l'heure dans quelquesunes de ses lectures.
Comme il est naturel, Beyle obéit tout d’abord aux persuasions de son grand-père, qui fut, en réalité, son professeur de belles-lettres, le vrai maître de sa pensée : € A douze ans, un prodige de science pour mon âge, je questionnais sans cesse mon excellent grand-père, dont le bonheur était de me répondre 1. »
Ce que lui apprit d’abord son grand-père, c'était à ne pas se payer de mots, à fuir comme le pire ridicule le mensonge de l’emphase, à être précis, et discret. Quelle fut la portée de pareils conseils ! À cause d’eux Stendhal ne sera jamais romantique par son style, et n’aimera ni Chateaubriand ni Victor Hugo ; à cause d'eux il écrira dans cette langue si froide, mais si juste, et qui ne vieillit pas ; à cause d’eux surtout il s’intéressera au fond plus qu’à la forme, et restera l’un de nos écrivains les plus nourris et pleins de substance. « Quand je me mets à écrire, a-t-il dit... je suis assiégé par des idées que j'ai besoin de noter ?. »
Beyle à rendu lui-même justice aux bienfaisants con-
1. H. Br., I, 130. — Tout était pré mais point du tout pédante. L'enfant Tuiles : « Le soir même (/d., 63.)