‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 96 sur 369 · Br · texte numérisé non relu

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texte à cette ingénieuse culture, savante, assiste-t-i] par exemple à la Journée des » Mon grand-père me raconta la mort de Pyrrhus. »

seils du docteur Gagnon : « .. si je me servais d’un mot A précis ou prétentieux, à l’instant une plaisanterie m'arrivait, avec d'autant plus de bonheur, de la part de mon und. père, que c’étaient à peu près les seules que la piété morose de ma tante Séraphie permit au pauvre homme !. Il fallait, pour éviter le regard railleur de cet homme d’esprit, employer la tournure la plus simple et le mot propre, et toutefois il ne fallait pas s’aviser de se servir d’un mot bas 2. »

Retenons en passant ce dernier trait. Par son grandpère, Beyle reçoit, pour ne s’en jamais libérer, l’étroite leçon des classiques. Ce réaliste aura toujours peur du mot vulgaire, même quand le mot vulgaire est le mot propre. De là des timidités étranges dans son style, je ne sais quelle couleur neutre et froide. Beyle, que n’effraie aucune idée, craindrait, dans ses descriptions, une touche trop franche et trop crue. Ces dégoûts étaient les dégoûts d'Henri Gagnon $.

Soyons cependant pleins de reconnaissance pour cet honnête homme. Au siècle des écrivains vertueux et sensibles, au temps, ne disons pas, de Rousseau, mais de ses pitoyables et ridicules disciples, au moment enfin où la phraséologie la plus vague et la plus emphatique était devenue le langage courant des orateurs et des journalistes, le docteur Gagnon enseignait à Beyle la simplicité et la mesure ! Par une espèce d’anachronisme f, il fera de lui un écrivain dépourvu de toute éloquence.

Pas plus que l’emphase, Henri Gagnon n’aimait la

4. Il ne faut pas oublier qu'Henri Gagnon, en libre fils du xvrrre siècle, aurait eu un goût naturel pour les gauloiseries de haute graisse ; « le Diable te crache au c... » était son juron favori, quand les dévotes amies de sa fille l’exaspéraient trop. (FH. Br., I, 198.)

2. H. Br., I, 310. « J'ai connu, dit encore Stendhal, des familles où l’on parlait aussi bien, mais pas une où l’on parlât mieux que dans la mienne. |

J'ai vu les enfants, dans les familles riches de Paris, employer te la tournure la plus ambitieuse pour arriver au style noble, et les parents applaudir à cet essai d’emphase. Les jeunes Parisiens diraient volontiers coursier au lieu de cheval... »

3. Ainsi, fuyant à la fois l’emphase et la vulgarité, il ne faut pas s'étonner que le style de Beyle soit pauvre.

4, Non que Beyle soit unique en son genre, Ses contemporains les idéologues lui ressemblent.

mièvrerie ni la préciosité ; Beyle apprit de lui à parler net et à parler franc. Son style vif et direct, plus près de la sécheresse que de la fadeur, précis et brusque, tent avant tout au caractère de Beyle ; mais l’influence de son grand-père s’y retrouve aussi. « Par bonheur, il méprisait tous les galants écrivains ses contemporains, et Je ne fus point empoisonné par les Marmontel, Dorat et autres canailles 1. »

Enfin les savants prétentieux et lourds étaient exclus de ces lectures 2. L’enfant n’apprit point à estimer l’érudition toute nue, et à s’ennuyer laborieusement. Aussi, plus tard, faute de cette habitude méritoire, aura-t-il toujours l’horreur du pédantisme grave. Il traitera même un peu cavalièrement les archéologues, les historiens d’art, qui savaient trop bien ce qu’il ignorait parfaitement.

Ce n’est pas qu'Henri Gagnon dédaignât les vrais savants ; 1l s’intéressait à tout ce que peut goûter une intelligence curieuse. Afin d’instruire son petit-fils sans l’ennuyer, il lui donnait à lire « Séthos, lourd roman de l’abbé Terrasson 4», mais en ce temps-là très apprécié5;

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