AVANT-PROPOS
Ce livre était sur le point de paraître, les premières feuilles s'en imprimaient déjà, en juillet 1914. La guerre en aura retardé de cinq ans la naissance.
Stendhal, par bonheur, est de ceux qui peuvent attendre ; il ne vieillit plus.
Peut-être même ce contemporain passionné d'Arcole et de Marengo, ce jeune rêveur de gloire, nous sembler a-t- il aujourd'hui plus près de nous que jadis. Les années de guerre que nous avons vécues, en exerçant rudement nos âmes aux émotions et à la volonté, les auront à quelques égards rapprochées de ce cœur ardent et dur, qui n était point un cœur de vaincu. « Je naime pas, disait-il au lendemain de Waterloo, les plats Français d'aujourd'hui. » Il les aimait tels qu'il les espérait un jour.
Et voilà pourquoi il me plaît d'inscrire, sur le livre de sa jeunesse. Vannée de notre victoire.
14 février 1919.
PREFACE
« J'écris des considéraliotis sur des événements bien petits, mais qui, précisément à cause de leur taille microscopique, ont besoin d'être contés très distinctement. Quelle patience il vous faudra, ô mon lecteur 1 d
[Henri Bruhud, I, 25.)
Tout un livre était-il nécessaire pour raconter les vingt premières années de Stendhal ? Je me le suis demandé quelquefois. Mais il me semblait trouver d'avance la réponse en cette phrase d'Henri Brulard : « Ce tableau des révolutions d'un cœur ferait un gros volume in-8°, avant d'arriver à Milan. »
J'ai donc essayé d'écrire, avec une minutieuse exactitude, l'histoire de ce cœur d'enfant.
La formation d'une âme aussi complexe, aussi mêlée et subtilement contradictoire que celle de Stendhal m'a semblé le plus intéressant des problèmes moraux. Pour le résoudre, aurait-il suffi de quelques résumés synthétiques et de quelques tableaux en raccourci ? Je ne l'ai pas cru, mais, tout au contraire, que l'analyse la plus patiente pouvait seule démêler, au fil des jours, l'écheveau embrouillé des atavismes, du tempérament, et des influences innombrables.
En étudiant, d'année en année, l'épanouissement de cette sensibilité et les progrès de cet esprit, je n'ai donc
II PREFACE
pas voulu négliger les petits faits et les nuances. Y auraitil de bonnes raisons pour que le critique ne traitât point l'écrivain dont il fait l'histoire comme le romancier traite son héros ? Ne peut-il lui appliquer aussi les méthodes les plus précises d'une psychologie qui s'efforce de suivre dans ses menues vicissitudes et de peindre dans son détail toute une vie ? J'ai pensé qu'un personnage réel, s'il devient Stendhal, vaut bien la même attention lente et curieuse qu'un personnage imaginaire. Et j'ai tenté d'écrire le roman vrai d'Henri Beyle.
Un pareil roman serait en plusieurs tomes. On ne trouvera ici que le premier. L'existence de Beyle fut si variée qu'il convient d'en raconter séparément les phases diverses et les capricieux avatars. L'enfant morose de Grenoble, l'allègre et mélancolique dragon de Milan, le jeune philosophe de Paris, acharné à ses livres, et chimérique amant de Mélanie Guilbert, l'intendant de la Grande- Armée, froid conquérant des belles, et juge dédaigneux de ses compagnons d'armes, le mélomane de la Scala, berné par la Pietragrua, et douloureusement soumis à l'altière Métilde, et puis le romancier de la rue Richelieu, discret ami de la Pasta, le consul ennuyé de Cività-Vecchia, regrettant à Rome le pavé des boulevards, fonctionnaire victime des bureaux, et persécuté par son commis, tandis qu'en ses heures vides il écrit la Chartreuse de Parme, — au premier regard, tous ces chapitres d'une même vie ne sembleraient-ils pas plutôt les romans disparates de personnages contradictoires ?
Et pourtant ce ne sont là que déguisements successifs d'une âme étrangement semblable à elle-même, au cours d'une longue existence bigarrée. L'originalité tenace et précoce de Beyle se révèle pleinement dès son enfance, ou, si l'on veut, il garde jusqu'au bout des puérilités profondes. S'il est donc nécessaire de raconter sa vie par morceaux, le récit de sa jeunesse suiïlra pour nous le donner déjà tout entier.
PREFACE m
Peut-être cette précocité et cette permanence se retrouveraient-elles, si on les connaissait bien, dans tous les hommes, mais elles sont chez Beyle plus particulièrement frappantes. Tout ce qu'il y a d'essentiel dans le cœur du vieux Stendhal et dans son esprit apparaît déjà nettement, chez l'adolescent raisonneur et sensible de la place Grenette.
Sans être précisément une âme simple, Henri Beyle est un esprit simpliste. Il n'a pas beaucoup d'idées ; il s'en tient, invinciblement, à celles qu'il a tout d'abord découvertes. Son intelligence oscille autour de quelques points fixes, qui le retiennent seuls, et hors desquels il n'a point de curiosité. Il l'a dit lui-même : « Par instinct, ma vie morale s'est passée à considérer attentivement cinq ou six idées principales, et à tâcher de voir la vérité sur elles ^. » Il ne faut d'ailleurs s'exagérer ni l'originalité ni la profondeur de ces idées. L'ignorance seule de ses critiques leur a permis de lui attribuer quelques découvertes, qui étaient dans le domaine public au moment où il a commencé de réfléchir. Parmi le patrimoine intellectuel du XVIII® siècle, il a su faire son choix. Les quelques théories qu'il a prises à l'abbé Dubos, à Montesquieu, à Helvétius, et aux idéologues, il leur a imprimé une forme vive et nouvelle, et c'est grâce à lui qu'elles ont survécu. Mais enfin il ne fut guère inventif. Et le beylisme même n'est point une philosophie, mais bien plutôt une attitude, ou un système pratique et personnel de vie. Les idées de Beyle ne valent donc ni par l'invention, ni par la complexité, la richesse ou l'étendue. Mais elles ont pourtant un mérite aussi rare peut-être, leur triomphante lucidité, leur rigueur aiguë, — idées lapidaires, si l'on peut dire, et qui doivent leur étrange séduction à cette clarté sèche, précise et brève ^.
1. H. Br., I, 26. Une tête ainsi faite rapproche singulièrement Beyle des classiques.
2. On sait que M. Faguet, cherchant un jour le paradoxe le plus spirituel à lancer contre Stendhal, trouva cette boutade : « Stendhal n'était pas intelligent... Il était absolument incapable d'avoir une idée générale. » [Revue Bleue du 21 novembre 1S91.)
Me sera-t-il permis de demander à M. Faguet comment des hommes aussi
IV PREFACE
C'est que, en vivant avec ce petit nombre d'idées, toujours les mômes, en les reprenant, les retouchant d'une main infatigable, Beyle les a aussi améliorées ; cet éternel rabâchage lui a permis de consolider et d'affiner sans cesse l'édifice étroit de sa pensée. Autant ses livres sont hâtivement composés, entassés pêle-mêle, et peu revus, improvisations accumulées d'un écrivain trop fécond, autant, dans cette œuvre prolixe, la pensée reste sobre, et d'une pauvreté qui tout au moins la sauve du vague ou de la confusion.
Ces idées simples, limitées, peu nombreuses, justement parce qu'elles sont ainsi, Beyle a pu les entrevoir dès son enfance ou sa jeunesse ; écolier studieux et grave, idéologue à quinze ans, il cherche dès lors la réponse aux quelques problèmes qui le préoccuperont toute sa vie ; à vingt ans, le mode de sa pensée est déjà fixé, on voit poindre ou se préciser ses théories familières ; Stendhal n'aura désormais rien de tout à fait nouveau à nous dire.
Si la pensée de Beyle est, comme un théorème de géométrie, satisfaisante seulement dans ses bornes étroites, et moins personnelle qu'il ne paraît, sa sensibilité est rare et exquise. A vrai dire la plupart de ses critiques ne s'en sont point aperçus, et quelques-uns s'obstinent encore à ne voir en lui qu'une âme sèche. Henri Beyle fut une âme tendre, éternellement dupe de son imagination et de son cœur. Mais, comme il habilla de formules nettes et de raisonnements froids ses émotions les plus passionnées, sa sensibilité fut généralement méconnue. Il n'importe. Elle se révèle assez à tous ceux qui ont longuement vécu dans son intimité, et qui seuls devraient avoir le droit de parler de lui, à ces happy few pour lesquels il a écrit, en leur demandant, non pas une supériorité intellectuelle et philosophique, mais seulement une sensibilité assez délicate pour comprendre sympathiquement la sienne ^.
différents que Tainc, Nietzsche, Paul Bourget et Maurice Barrés ont pu admirer dans Stendhal les qualités tout justement qu'il dénie à ce o niais », ainsi qu'il le nomme ailleurs ?
1. K Je cours la chance d'être lu en 1900 par les âmes que j'aime, les madame Roland, les Mélanic Guilbert, les... » (H. Br., I, 9.)
PREFACE
Ce n'est point à l'âge mûr, est-il besoin de le prouver, que Stendhal apprit à sentir. Il commença, ainsi que tous les hommes, par souffrir et par jouir avant de raisonner. Et, plus que beaucoup d'hommes, il fut un enfant sensible jusqu'aux plus morbides émois, et passionné jusqu'à la folie. Il passera ensuite sa vie entière à lutter, par d'inutiles raisonnements et des théories un peu ridicules, contre une tendresse de cœur et un feu d'imagination qui feront encore de lui, à la veille de sa mort, la dupe misérable d'amoureuses illusions.
Cette sensibilité, primordiale comme chez tous les hommes, et plus durable qu'il n'est d'usage, son adolescence nous la révèle donc toute entière. Il a déjà connu, à vingt ans, à peu près tous les aspects et toutes les intensités d'une passion, qui ne variera plus ensuite que par le caractère de ses objets. Mais, si les maîtresses de Beyle lui réservent bien des expériences nouvelles, son cœur ne changera guère, et nous le connaissons.
Si j'avais réussi à peindre, dans ses grands traits comme dans ses nuances, le jeunesse d'Henri Beyle, à Grenoble et à Milan, je croirais donc bien avoir fait, non pas sans doute une étude complète de l'homme et de son œuvre, mais un portrait en quelque façon achevé du personnage, avec tout ce qu'il y avait d'essentiel dans son esprit et dans son cœur, plus encore dans son cœur que dans son esprit ^.
Ce portrait de jeunesse, je l'aurais voulu vivant. Je n'ai donc pas dessiné une effigie solitaire ; j'ai tâché de
1. Au cours de l'article remarquable que M. Paul Bourget écrivait sur la Vie d'Henri Brulard au moment de son apparition (Figaro du 21 août 1890), il notait précisément que dans ce récit de jeunesse l'homme tout entier apparaît déjà : « Cette confession, disait-il, est capitale. Elle permet de déterminer avec une rare exactitude la formation d'un certain nombre des idées et des façons de sentir propres à Beyle. On peut même dire, après avoir lu Henri Brulard, que depuis sa dix-huitième année, il n'a rien acquis, sinon plus d'ampleur de ses tendances premières. » Je ne saurais trouver meilleure justification de l'étude que j'entreprends ici.
VI PREFACE
mettre autour de Beyle l'animation du monde où il a vécu, et de retrouver en peignant ses traits les mille reflets que les hommes et les choses y ont fait passer tour à tour.
Il est vrai qu'au premier aspect Beyle semble ne tenir à rien ni à personne. On se plaît à voir en lui un paradoxe saugrenu, isolé dans son temps, incompris de ses contemporains, mystérieux et génial. Mais sa piquante originalité n'est peut-être que la combinaison réussie d'éléments connus.
Placé au croisement de deux races, il porte en lui leur hérédité contradictoire. Les Gagnon, des Provençaux, lui lèguent leur imagination, leur fine culture, leur curiosité capricieuse. Mais les Beyle, purs Dauphinois, lui donnent leur âme tenace, terre-à-terre, minutieuse et sèche. Aussi ce dilettante, ce cosmopolite au cœur léger, se révélera-t-il comme le plus âpre des observateurs et le plus réaliste des romanciers.
Une éducation singulière vient favoriser l'œuvre de la nature. La mort de sa mère livre cet enfant tendre et voluptueux à un père revêche et à la plus acariâtre des tantes. Tous deux aigrissent Beyle et dépravent sa sensibilité. Il devient haineux avec passion ; une solitude ardente lui forme un cœur violent et un esprit libre.
Mais l'influence d'un aïeul bel esprit vient atténuer l'excessive tension d'une pareille discipline. Henri Gagnon forme son petit-fils au culte des lettres. Beyle y console ses tristesses puériles dans la vision d'un monde plein d'enchantements, qui pour jamais égare ses désirs loin des possibilités vulgaires ; séduit par les romanciers et les poètes, il rêve en même temps de devenir leur émule, et découvre à dix ans sa vocation.
L'établissement de l'Ecole centrale fait à l'heure convenable sortir Beyle de sa famille. Parmi des maîtres philosophes, il est initié à l'idéologie. Il y prend une méthode d'observation et d'analyse qu'il appliquera plus tard successivement à tous les sujets, mais qui sera pour lui surtout l'instrument fin, précis, incomparable du psychologue.
PREFACE
Ecolier philosophe et mathématicien, Henri Beyle ne néglige pourtant ni l'amour ni la volupté. Ils viennent à propos corriger une éducation trop cérébrale. Grenoble, ville de plaisirs et d'intrigues, et Romain Gagnon, le don Juan de Grenoble, favorisent chez Beyle cette inclination nécessaire. L'amour lui apparaît sous la figure d'une actrice d'opérettes, et, pour la volupté, il se contente d'y rêver, en lisant des contes polissons.
Beyle échappe donc de toutes parts à l'influence familiale. Il achève de se libérer en devenant un révolutionnaire et un incrédule.
Une réaction contre les principes paternels avait été la première cause du goût de Beyle pour la Révolution. Le spectacle de la rue, les fêtes républicaines et le défilé des soldats, achèvent de le séduire. Par l'héroïsme surtout, la Révolution conquiert son imagination et son cœur.
Jacobin et philosophe, Beyle devenait mûr pour l'impiété. Une éducation très religieuse, la dévotion de son père et de sa tante, les sermons de l'abbé Raillanne, l'avaient de bonne heure préparé à l'anticléricalisme, qui le mène insensiblement à l'athéisme.
Ainsi se forme Beyle pendant les dix-sept années de sa vie dauphinoise, sous l'influence continuelle et diverse des êtres et des choses. Et la nature elle-même vient ajouter son empreinte à tant d'empreintes superposées et confondues. Les montagnes de sa terre natale enveloppent d'images romantiques cette ardente adolescence.
Avec le siècle finissant, Beyle quitte sa patrie pour faire la conquête de Paris. Il n'y trouve ni la maîtresse ni la gloire qu'il y venait chercher, mais l'efTicace protection de cousins tout puissants : Pierre Daru, son bienfaiteur et sa AÙctime, jMartial, son meilleur maître en galanterie.
Ils l'emmènent en Italie, et lui révèlent ainsi sa destinée. A Milan Beyle découvre le bonheur, sans l'y avoir cherché. Après quelques semaines d'émerveillement, la solitude le rend mélancolique, et la mélancolie lui fait faire une brève sottise, dont il gardera toute son existence le souvenir.
PREFACE
Mais deux trouvailles essentielles effacent aux yeux de Beyle heur et malheur : Angela Pietragrua, dont il devient pour quinze ans l'amoureux et la dupe ; — la musique de la Scala, qui fait de lui un mélomane, pour jamais.
Au lendemain de Marengo, Beyle veut tâter de la gloire. Mais il arrive après la bataille. Selon toute apparence, en dépit de ses affirmations, et contrairement au témoignage de ses historiens, Henri Beyle n'a même pas réussi à faire, pendant huit jours, la médiocre campagne du Mincio. Et il a sans doute inventé après coup un héroïsme imaginaire. Aide de camp inutile, lieutenant de dragons dégoûté de son métier et de ses camarades, Beyle quitte l'armée d'Italie. En moins de deux ans il a épuisé les espérances d'une première vocation, achevé une première vie, et il retourne à Paris pour en commencer une seconde.
Mais qui ne voit que cette première vie, — ■ et l'éducation de Grenoble, et la brève expérience de Paris, et les deux années pleines et brûlantes d'Italie, — n'est point du tout le développement rectiligne et simple d'une personnalité qui tire d'elle-même tout ce qu'elle devient? Loin de grandir isolé des hommes et des choses, et suivant la loi profonde de son génie, Beyle subit sans cesse l'influence du dehors. Qu'il réagisse ou qu'il cède, il n'importe, puisqu'il ne reste jamais ni impassible ni intact. Le caractère de Beyle ne se comprend donc que si l'on fait intime connaissance avec tous les siens, qui tous l'ont modifié et se retrouvent en lui ; il ne se comprend que si l'on regarde à loisir les paysages qui se sont insinués dans son cerveau, les villes où il a vécu, les hommes qu'il a aimés ou détestés passionnément, en un mot, les êtres, les événements, les objets qui à chaque minute ont irrité ou ému cette sensibilité si tendre, cette âme qui n'éprouve rien à demi, et dans laquelle rien ne se perd et rien ne s'efface.
Et voilà pourquoi j'ai essayé moi-même de retrouver, dans leur plus minutieux détail, ces influences mêlées, ces émotions et ces souvenirs, qui peu à peu ont fait Stendhal.
PRÉFACE IX
Pour connaître Grenoble et les contemporains de Beyle, ses amis, ses maîtres, ses parents mêmes, pour connaître Milan, ses compagnons d'armes, et les Italiens au milieu desquels il a vécu, il ne suffit pas de lire ses œuvres. Les archives, les mémoires, les lettres, et la vision des pays et des choses, nous permettent heureusement de compléter ou de corriger Stendhal. Mais, pour le connaître lui-même, il faut bien en revenir surtout à la Vie d'Henri Brulard S et résoudre cette question préalable : que vaut cette autobiographie? de quelle manière en faut-il user?
Stendhal écrivit Henri Brulard pour lui d'abord, et pour le plaisir qu'il avait à l'écrire ; il l'écrivit ensuite, accessoirement, pour un lointain et problématique lecteur.
L'étude de l'homme lui sembla toujours l'occupation la plus passionnante ; mais, de tous les hommes, le sujet le plus curieux lui parut bien être Henri Beyle. Il passa son existence à se regarder vivre, e^ trouva dans ce spectacle une satisfaction profonde. La Vie d'Henri Brulard n'est qu'un épisode dans cette éternelle contemplation de soi-même. « Je me suis dit : je devrais écrire ma vie, je saurais peut-être enfin, quand cela sera fini,... ce que j'ai été, gai ou triste, homme d'esprit ou sot, homme de courage ou peureux, et enfin au total heureux ou malheureux 2... »
1. La Vie de Henri Brulard a été publiée pour la première fois par C. Stryienski en 1890 (Charpentier, in-16), et rééditée par lui, avec quelques corrections seulement, en 1912 (Emile-Paul). Ces deux éditions sont très fautives et très incomplètes. C'est sur la première que j'avais dû faire d'abord ce travail, mais non sans tirer des manuscrits nombre de fragments inédits.
M. Edouard Champion vient de nous donner enfin le texte complet d'Henri Brulard. Il n'est point de stendhalien qui ne doive le louer pour la méthode qu'il a suivie, la seule acceptable, en ne se permettant ni corrections ni coupures. ]\I. Henry Débraye a déchiffré le manuscrit de Beyle avec un scrupule, une patience et une ingéniosité qui sont tout à son honneur.
Cette liouvelle édition m'a fourni bien des passages nouveaux et essentiels, elle m'a permis de corriger souvent le texte de C. Stryienski. C'est à elle que je renvoie partout.