n.Br., I
2. Je pense que Stendhal exagère, ou qu'il interprète à sa façon. Les reproches de Séraphie pouvaient s'expliquer d'autre manière, et n'être point aussi odieux. Mais ceci n'importe guère.
3. Voilà qui rappelle un peu le " carnifex ! carnifex 1 » de Rousseau.
LES AN'iNEES AMERES
bien jalousement, renfoncer dans son cœur ses plus vives souffrances, ses émotions les plus saintes. Et son ame sensible se ferma un peu davantage.
Un amour que les hommes ont blessé n'en devient que plus précieux. On garde avec plus de ferveur ce cher secret outragé. Le souvenir de Lambert fut d'abord pour l'enfant une blessure vive, puis il se transforma en un tendre et mélancolique regret : « Le même côté de mon cœur est ému par certains accompagnements de Mozart dans Don Juan )>, écrivait-il quarante ans plus tard ^.
Avec l'imagination d'un amoureux, il aimait les objets qui se liaient à son souvenir. Il allait se placer « dans la galerie, au second étage, » parce que là il pouvait apercevoir « les montants de la balustrade », au fond de la cour, où jadis son ami sciait du bois. Et, tout en pleurant Lambert, petit cœur solitaire et fidèle, il pensait aussi, — • c'était de son âge, — que ces montants de la balustrade seraient « superbes pour faire des toupies ^ ».
Le « pauvre Lambert » ne s'effaça jamais tout à fait dans sa mémoire^. En 1809, «le soir de la bataille de Landshut*», il retrouva la sensation qu'il avait eue, en voyant faire l'expérience de la lumière devant les yeux du mourant.
Une autrr fois, l'image d'une grande douleur et d'une sainte amitié le fit penser à son premier ami, qu'il avait vu mourir, lui aussi, d'une mort tragique : « J'ai vu une fois, en Italie, une figure de saint Jean regardant crucifier son ami et son Dieu qui, tout à coup, me saisit par le souvenir de ce que j'avais éprouvé, vingt-cinq ans auparavant, à la mort du pauvre Lambert^... »
1. En citant Virgile : Sunl lacrimœ reriim. {H. Br., I, 171.)