Stendhal-Beyle
4. Plus confiant que JI. Chuquot, et sans aucun doute plus habile à pénétrer l'âme profonde de Stendhal, M. Paul Bourget a reconnu « la sincérité... évidente » d'Henri Brulard : « Cet inquiet étale... d'un bout à l'autre de ses mémoires inachevés... un besoin invincible de vérité. C'est par là, par ce courageux regard jeté sur soi-même, par cette absence d'illusion orgueilleuse ou lâche, que ce grand négateur de Beyle a empreint cette œuvre d'une involontaire signification morale.
Il aura eu le mépris de l'hypocrisie et du mensonge vis-à-vis de sa conscience plus qu'aucun autre. Il reste haut et fier par cette belle sincérité » (art. déjà cité).
PREFACE
des livres où cette âme complexe s'est révélée. Sans la Vie d'Henri Brulard, il serait tout à fait impossible de raconter sa jeunesse, et de s'essayer à en peindre les nuances fugitives et les couleurs profondes. Et si Stendhal, en l'écrivant, n'avait fait qu'oeuvre de romancier, son historien ne saurait à son tour faire qu'un roman. Mais j'espère, grâce à la Vie d'Henri Brulard, — et quelquefois malgré elle, — avoir pu m'en tenir à la vérité.
On ne trouvera ici qu'un essai de psychologie. Je n'ai pas prétendu, et l'entreprise me paraît aujourd'hui superflue, juger Stendhal. N'est-ce point assez de voir en lui le plus singulier et le plus attachant des problèmes moraux ? En essayant de reconnaître ses atavismes et de raconter ses débuts dans la vie, j'ai voulu expliquer la naissance de ses sentiments, l'origine de ses idées, la genèse de son caractère, et dessiner les formes essentielles de son âme. Mais je suis aussi loin de tenter une apologie vaine que d'entreprendre un dénigrement puéril. L'acharnement de ses ennemis, le pieux enthousiasme de ses adorateurs, obligent le critique impartial à défendre presque une attitude d'esprit en soi pourtant bien naturelle, et qui devrait paraître à tout stendhalien la seule méthode acceptable, car c'est la méthode de Stendhal lui-même. Mais ce bizarre génie a toujours eu le don d'exciter la haine ou l'amour, sentiments aussi flatteurs pour lui l'un que l'autre, et dont le seul inconvénient est d'enlever à son historien toute intelligence de la vérité. Ne semblet-il pas cependant plus profitable, si l'on étudie Stendhal, de s'essayer à le comprendre, et pour le comprendre de mêler à une curiosité attentive une sympathie mesurée avec délicatesse?
TREMIÈRE PARTIE
GRENOBLE
« Il avait un caractère passionné et ombrageux : son imagination se monta au tragique et augmenta beaucoup son malheur. »
(Corr., III, 70.)