‹ La jeunesse de StendhalChapitre 114 sur 288 · IL Br · texte numérisé non relu

IL Br

* Le docteur Gagnon fut nommé vice-président de cette section le 10 ventôse an m.

Ses premières leçons de dessin permirent à Beyle de reprendre la lutte, et cette fois avec quelque succès.

Malgré Séraphie ^, on l'envoya chez M. Le Roy, « un Parisien fort poli ». Mais qu'importaient l'homme et ses leçons ? L'essentiel était que, pour la première fois de sa vie, Beyle avait la permission de marcher seul dans la rue. Le chemin était court : il ne s'agissait que de traverser la place Grenette ^. D'ailleurs on le surveillait, de la fenêtre de Séraphie, et l'on comptait les minutes ^,

Henri Beyle abusa. En allant très vite, il pouvait, avant d'entrer chez M. Le Roy, faire un tour sur la petite place de la Halle, toute voisine *. Ou bien, en revenant, et quand il avait dûment franchi la porte de sa maison, il s'arrêtait « des quarts d'heure entiers » dans l'escalier, « sans autre plaisir que de se sentir libre. « — « Dans ces rares moments, au lieu d'être employée à calculer les démarches de mes tyrans, mon imagination se mettait à jouir de tout ^. »

Bientôt ces bonheurs si grands ne lui suffirent plus. Il osa pousser jusqu'au Jardin de Ville, « rempli de petits polissons. » Par un passage voûté, tout près de la maison Gagnon, il y arrivait en quelques pas. Mais on le vit, on le gronda, il mentit.

Le mensonge n'était pas dans la nature d'PIenri Beyle. Son énergie, ou, si l'on veut, son cynisme, le menaient à

1. Affirme Beyle, mais il répète trop souvent cette affirmation pour que noue puissions le croire toujours.

2. « ... M. Le Roy demeurait dans la maison Teisseire, avant le grand portail des Jacobins... » {H. Br., I, 176 ; cf. 177.) Sur le manuscrit, un plan donne la place exacte de la maison Le Roy (auj. place Grenette, n° 5, d'après M. Débraye, H. Br., II, 241).

3. N'importe, pour expliquer une liberté aussi extraordinaire, il faut se rappeler que le père de Beyle vivait sous la menace d'une arrestation depuis le mois de mai 1793. Il avait quitté la rue des Vieux- Jésuites et se cachait dans !a maison du docteur Ga^on. (Et c'est pourquoi Henri Beyle, qui se rappelle le fait sans en comprendre la cause, vint lui aussi s'établir à demeure, et pour sa plus grande joie, chez son grand-père : voir H. Br., 1, 123 ; nous savons même, d'après la liste de recensement citée plus haut, qu'il s'y trouvait au printemps de 1794.) Au milieu de toutes ces inquiétudes, on n'avait plus le loisir de surveiller d'aussi près Henri Beyle. Les circonstances politiques le servaient.

4. Elle communiquait par un court passage avec la place Grenette.

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