H. Br
la franchise, fût-ce la plus impertinente. Séraphie et Chérubin lui ont enseigné l'hypocrisie. « Le peu de bonheur que je pouvais arracher était préservé par le mensonge ^ ». Malheureusement Beyle gardera toute sa vie quelque chose de cette mauvaise habitude enfantine ; tel de ses livres en est la preuve. Il s'est exposé aux démentis, parfois brutaux, de ses historiens, parce que son père et sa tante lui avaient de bonne heure appris le subtil plaisir de tromper.
(( Cette lueur de liberté » avait rendu Beyle « furieux ». — « Que me feront-ils après tout,... où est l'enfant de mon âge qui ne va pas seul? » disait-il. Or Beyle pouvait avoir douze ans ; son indignation semble prématurée, ft Plusieurs fois j'allai au Jardin de Ville ; si l'on s'en apercevait on me grondait, mais je ne répondais pas. On menaça de supprimer le maître de dessin, mais je continuai mes courses... J'étais devenu féroce. Mon père commençait à prendre sa grande passion pour l'agriculture et il allait souvent à Claix. Je crus m'apercevoir qu'en son absence je commençais à faire peur à Séraphie... Marion et ma sœur Pauline étaient hautement pour moi... Je me mis à résister à Séraphie, j'avais à mon tour des accès de colère abominables^... »
Après la ruse, la violence. Mais elle réussit mal, et la réaction l'emporta. Beyle n'alla plus chez M. Le Roy, c'est M. Le Roy qui vint chez Beyle. Adieu les délices du vagabondage.
Telle fut la première campagne, d'un succès partagé, dans cette longue guerre pour l'indépendance. ]\Iais Henri Beyle en avait goûté, et cela ne s'oublie point.
Un expédient habile lui donna bientôt une sorte de revanche. Il obtint d'aller travailler seul rue des Vieux- Jésuites ^. Par le prestige de la liberté, la triste et revêche maison prit soudain pour Henri Beyle un aspect quasi aimable. « Dans le salon silencieux où était le beau meuble