‹ La jeunesse de StendhalChapitre 125 sur 288 · Id · texte numérisé non relu

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Journal de 1804 ^ : « A celte époque, je ne sentais guère Molière. »

Est-ce seulement inexpérience du monde, et des ridicules que peint le poète ? Pourtant on s'attendrait à voir cet enfant observateur, déjà misanthrope, — et qui devait plus tard si longuement commenter Molière ^, — goûter cette forte et simple raison, ce comique si clair, et cette réalité si frappante, même pour ime âme naïve.

Or c'était justement cela qui lui répugnait dans Molière, et rien ne nous révèle mieux la vraie nature d'Henri Beyle. Ces caractères trop vrais, et laids comme la vérité, ces âines bourgeoises, prosaïques et vulgaires comme le bon sens, cette peinture sans idéalisme et sans romanesque de la vie humaine, toute cette plate réalité le faisait souffrir. Molière n'était pas pour lui assez poète : il ne peignait aucune de ces délicieuses illusions que l'enfant, écœuré de son existence étroite, aimait à chercher dans les livres. « J'avais en horreur tous les détails bourgeois et bas qui ont servi à Molière pour faire connaître sa pensée ^. Ces détails me rappelaient trop ma malheureuse vie... Tout ce qui est bas et plat dans le genre bourgeois me rappelle Grenoble, tout ce qui me rf.ppelle Grenoble me fait... mal au cœur ^. »

Et ce n'est point là répugnance d'adolescent. A tous les âges de sa vie, Beyle, — que l'on appelle un réaliste, — fut surtout un poète. Et comme tous les délicats, que la rude vérité dégoûte, comme tous les romantiques, ennemis de la prose, il n'aimera jamais Molière que par raisonnement, quand il l'aura enfin reconnu comme un maître •en cette science du cœur humain, qui était à lui-môme sa passion. Mais à douze ou à quatorze ans il ne raisonnait point, et suivait sa pente, qui le menait aux plus chimériques rêveurs ^.

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