‹ La jeunesse de StendhalChapitre 130 sur 288 · H.Br., II · texte numérisé non relu

H.Br., II

4. « Mon grand-père fut charmé de mon enthousiasme pour Don Quichotte que je lui racontai... Il me prêta, mais à l'insu de sa fille Séraphie, le Roland furieux, traduit ou plutôt, je crois, imité de l'Arioste par M. de Tressan... » (// Dr , I, 109.)

La traduction très infidèle de Tressan avait paru en 1780 (Paris, 4 vol. in-12). nie fut rééditée en ISO'i.

Mais la séduction suprême, c'était encore ces belles amoureuses, qui traversaient en rêvant des forêts romantiques, aussi délicieuses que des parcs de Watteau. Elles couraient des dangers attendrissai.ts ; et il arrivait au poète de nous les montrer tremblantes et nues, comme Andromède sur son rocher.

Qui ne discernerait dans VOrlando furioso tout ce qui devait enchanter le jeune Henri Beyle ? Romanesque, fantaisie, gaieté, voluptueuse tendresse, c'était un merveilleux mélange qui semblait combiné à la mesure de son esprit ^. Il « adora » l'Arioste.

« L'Arioste forma mon caractère, je devins amoureux fou de Bradamante, que je me figurais une grosse fille de vingt-quatre ans avec des appas de la plus éclatante blancheur ^. »

« L'Arioste forma mon caractère » : entendons qu'il « dirigea », comme Beyle le dit ailleurs ^ excellemment, son « imagination » qui commençait à vouloir préciser ses rêves. Grâce à l'Arioste, elle ne travailla plus dans le vide. Il eut des paysages ^ pour y situer les aventures déhcieuses qu'il se souhaitait, il eut aussi quelques héroïnes de roman à aimer, faute de mieux.

Mais c'est une bien singulière erreur, que d'imaginer ses amours d'après le plus follement fantaisiste des poètes. Il doit vous en rester toujours une intime dépravation. Comment s'étonner que Beyle, dès ses premières aventures, se soit montré d'un romanesque si profondément absurde ^ ?

1. « Je prenais tout à fait au sérieux les passages tendres et romanesques. Ils frayèrent, à mon insu, le seul chemin par lequel l'émotion puisse arriver à mon âme. Je ne puis être touché jusqu'à raltcndrissement qu'après un passage comique. » {//. Br., II, 135.) — Il ne faut pas oublier cette particularité curieuse de Stendiial : la tragédie ne l'attendrit pas, mais le fait sourire ou l'agace ; l'opéra séria l'ennuie ; il ne s'émeut qu'à l'opéra-bouffe. Ild. ib'd ]

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