H. Br., éd. Stryienski, 62 ; Jour, d'il
3. Comme on le pourrait croire, d'après la phrase du Journal d'Ilalie : « /"y dierchais des émotions «, que Beyle a soulignée lui-même.
4. Il l'admirera d'autant plus qu'il se sentira plus loin de lui. Voir sur ce sujet le Catéchisme d'un roué, dans la Rei'ite Bleue du 19 juin 1909, et mon introduction.
Dès lors son ambition va être de ressembler à cet impitoyable conquérant. Il rencontrera sans doute dans la vie, et tout près de lui, quelques dons Juans mondains, son oncle Romain Gagnon, et ^Martial Daru. Mais ils lui apparaîtront seulement comme de médiocres el, imparfaites répliques de l'incomparable Yalmont. Celui-ci restera toujours son vrai maître.
Afin d'atteindre cet idéal difficile, Henri Beyle va s'évertuer pendant toute sa jeunesse. Comme Valmont, il voudra conquérir les femmes pour la joie et l'orgueil de la conquête inême ^. Aux yeux des autres, il s'efforcera de passer pour un triomphateur auquel nulle ne résiste. A ses propres yeux, il se croira déshonoré par une maladresse ou un insuccès. Il considérera comme un devoir strict envers lui-même de réussir en un sport aussi délicat. Il s'en fera un point d'honneur.
Choderlos de Laclos, qvn n'en avait pas l'intention, lui apprit donc comment nulle supériorité n'est plus enviable que celle de Valmont. Avant de prendre pour son héros Bonaparte, Henri Beyle choisit cet autre conquérant, aussi cruel, aussi froid, aussi méthodique.
Et c'est encore sa méthode que Beyle prétendra emprunter à Valmont. Pour avoir lu les Liaisons Dangereuses, il se persuadera que le succès, auprès des femmes, ne s'improvise pas ; que dans l'art d'aimer, comme dans l'art de la guerre, de longues études, une préparation savante, une doctrine sont nécessaires. Et Valmont deviendra son professeur de tactique.
Il n'est point temps de se demander si Beyle saura plus tard réussir dans l'apphcation. Il semble avoir été plutôt de ces stratèges en chambre qui perdent dans la bataille tous leurs moyens. Mais, à l'heure où nous sommes, Beyle est encore sur les bancs de l'école. Elève studieux,
1. « La voilà donc vaincue, cette femme superbe qui avait osé croire qu'eUe pourrait me résister ! a s'écrie Valmont quand il a triomphé de M™^ de Tourvel ; et il ne cache point sa joie vaniteuse à M"^ de Merteuil, sa confidente : « Oui, mon amie, elle est à moi ; et depuis hier elle n'a plus rien à m'accorder. a (Liais. Dang., III.)
il médite sa théorie. Et il faut avouer que jamais Valmont n'eut un disciple plus attentif.
Ce moraliste supérieur lui apprend donc que l'amour est une longue lutte, où rien ne doit être laissé au hasard ; que l'observation du caractère de l'adversaire, donc une bonne psychologie, est à la base de tout ; que dans ce combat impitoyable, ce sont les petites causes qui amènent le succès final : qu'il faut, en comédien subtil, et lucide, ménager ses moindres paroles, étudier ses gestes, nuancer finement toute sa conduite ; et que la victoire appartient à coup sûr au calculateur qui a tout prévu ^.
Cet amour ainsi conçu, comme une science minutieuse et comme un art hypocrite et dur, si Beyle n'a jamais réussi à le pratiquer convenablement, il a du moins toute sa vie essayé ^. On ne le retrouve pas seulement chez un Julien Sorel, mais dans la Consultation à Banti, que Beyle faisait pour lui-mèni*', et déjà dans ce Catéchisme d'un roué, où, à vingt ans, il rédigeait à son usage un précis de tactique amoureuse. Mais Beyle, ce faisant, n'est qu'un vulgarisateur. A la méthode inventée par Valmont il n'a rien ajouté d'essentiel. Tout au plus a-t-il su trouver quelques applications ingénieuses des grands principes posés par le maître.
Beyle n'a donc pris dans Les Liaisons Dangereuses rien moins que son idéal viril et la règle de sa conduite. Mais ce n'est pas encore tout ce qu'il doit à Choderlos de Laclos.
Ce romancier génial lui a donné de bonne heure une incomparable leçon de psychologie, et si Beyle ne commence à écrire des romans que trente années après avoir lu pour la première fois les Liaisons Dangereuses, il est
1. Il en résulte que la victoire est certaine, quel que soit l'adversaire. La plus vertueuse des femmes ne peut résister à Valmont. Et Beyle copiera e.n 1803 cette maxime, qu'il fera sienne pour toujours : « Point d'honnête femme qui ne soit lasse de son métier. » {Cat. d'un roué.)
2. Voir en particulier, dans le Journal, ses amours avec Mélanie. Beyle, par principe, s'efforce tant qu'il peut d'être un hypocrite. Jlais il se montre incapable de prolonger cette politique.
^lifficile pourtant de croire qu'il les eût alors oubliées ^.
La svipériorité de Stendhal, qu'il compose le Rouge, la Chartreuse, ou V Amour, c'est de dégager clairement, dans la grande masse obscure des passions, les petits faits enchaînés qui les manifestent. Sa description, lucide et menue, ne veut voir que l'intelligible. Il traduit en idées claires, et en abstractions logiquement liées, les nuances indiscernables du cœur humain. La sèche rigueur d'une pareille méthode a des avantages incontestés, et des défauts évidents. Mais les éloges et les critiques qu'on en peut faire doivent s'adresser aussi bien à Laclos qu'à Stendhal. Et peut-être l'auteur des Liaisons dangereuses a-t-il su mettre dans ses analyses une précision, une délicatesse, une sobriété surtout et une maîtrise, dont l'auteur de la Chartreuse n'a jamais atteint l'élégance. Mais qu'il ait ou non pu rivaliser avec son inaître, il n'importe. L'essentiel est que Laclos, le premier sans doute, ait donné à Stendhal un parfait modèle du roman d'analyse, tel que lui-même le concevra ^.
Est-ce à dire que Beyle, entre 1795 et 1800, et dès sa première lecture des Liaisons dangereuses, ait su déjà en tirer tant de cruelles, — et tant de savantes leçons? Peut- <}tre se contentait-il alors d'y chercher quelques scènes d'alcôve assez lestes.
Il ne faudrait cependant point s'exagérer le goût de Beyle pour les polissonneries. C'est une figure à double face. Un tempérament des plus vifs, un appétit de toutes les jouissances, et par ailleurs une haine instinctive de toute règle morale, destinaient cet enfant à devenir bientôt un débauché, ou tout au moins un voluptueux. Mais ce petit roué est une àme sensible ; les rêveries les
1. Sans préjudice de quelques autres influences : Montesquieu, les Idéologues, {nais surtout (>hanifort et Duclos.
2. On trouvera dans le livre de M. liard d'inirénicuses comparaisons entre Laclos et Stendhal, Valmont et Julien Sorel. 11 faut lire ces pages brillantes, légères, et pourtant profondes. (Le général Choderlos de Laclos, 53, C8, 69, 83-8C, 453-455.)
pins folles l'attendrissent et l'enchantent. Il sera la proie du romantisme. Ainsi Félicia et Julie d'Etange vont se partager son cœur.
Tout en savourant, avec un trouLle délicieux, les contes de La Fontaine et le roman qu'Andréa de Nerciat n'avait point osé signer, Henri Beyle, avec une émotion différente, mais non moins délicieuse, se délectait à lire tous les romans « sensibles » qui lui tombaient sous la main.
Il semble avoir surtovit abusé de l'abbé Prévost. Ce Jules Verne de la sensiblerie, depuis une cinquantaine d'années, donnait en pâture aux imaginations tendres ses romans interminables, pleins d'accidents étranges et de larmes qui ne tarissent point. On sait combien l'admirable épisode qui seul a survécu de tout ce fatras ressemble peu au reste de ses œuvres. Mais Beyle, s'il lut bien Manon Lescaut, n'était point d'âge encore à l'apprécier ; tandis que sa jeune âme romanesque prenait un plaisir extrême aux copieuses et lamentables aventures parmi lesquelles se perd cette brève histoire ^. Il lisait les Mémoires d'un homme de qualité quand vint à Grenoble la nouvelle de la mort de Louis XVI ; Beyle avait alors tout juste dix ans 2. Il déclare le roman de l'abbé Prévost « l'un des plus touchants qui existent ^ ».
Pareilles lectures le mirent en goût. « Dès lors, voler des livres devint sa grande affaire * ». Mais aucun n'exerça
1. Aventures chez les sauvages, péripéties extravagantes, longs deuils sentimentaux, tout ce qui doit ravir l'imagination d'un enfant.
2. Naturellement c'était une lecture défendue ; il avait « découvert un exemplaire tout gâté par le temps », et le lisait, en faisant « semblant de travailler, » (77. Br., I, 12G ; cf. 109.) Séraphie, quoi qu'il en dise, le surveillait très mal.
3. Id., 128 ; cf. 193, et Napoléon, 200. — Dans le même genre ,et avec la même influence sentimentale et romanesque, à citer cette autre lecture : « Mes rêveries furent dirigées puissamment par la Vie et les aventures de i\7'"« de ***, roman extrêmement touchant, peut-être fort ridicule, car l'héroïne était prise par les sauvages... » 11 s'agit probablement du même ouvrage qui avait laissé au cousin de Beyle, Romain Colomb, un si profond souvenir : Vie, faiblesses et repentir d'une femme. (Notice de Colomb, X.)
Enfin, comme tous ses contemporains, Richardson fit pleurer Beyle. H lut Grandisson « en fondant en larmes de tendresse dans un galetas du second étage de la maison de Claix. » (//. Br., II, 26.)
4. II. Br., 1, 194. Il s'enhardit même jusqu'à s'en aller louer des livres chez Falcon, libraire et jacobin, qu'il adorait pour ses sentiments patriotiques et àcause de la haine que lui portait Séraphie (192-193).
sur lui une influence seulement comparable à celle de la Nouvelle Héloïse. Jean- Jacques va être pour Beyle, comme pour toute sa génération, le grand enchanteur. La sensibilité et l'imagination de l'enfant, déjà si bien préparées, si ardentes, si fiévreuses, si malades, vont être pour longtemps exaltées et faussées par ce merveilleux artisan de mensonges.
« Bientôt je me procurai la Nouvelle-Hcloïse... Je la lus couché sur mon lit..., après avoir eu soin de m'enferraer à clef, et dans des transports de bonheur et de volupté impossibles à décrire.»
{H. Br., 1, 194 .)
L'influence de Rousseau sur Beyle fut aussi profonde et durable que l'engouement de Beyle pour Rousseau fut bref. Comment il se détacha de lui, comment les Encyclopédistes et leurs héritiers intellectuels, les Idéologues, recommencèrent dans l'esprit de Beyle la vieille lutte des philosophes contre le citoyen de Genève, et comment ils l'emportèrent, entre 1804 et 1806, c'est là une longue histoire que je me réserve de conter ailleurs. Toute la pensée de Beyle y est intéressée. Jean- Jacques finira même par devenir l'un des auteurs que Beyle déteste le plus, presque autant que Madame de Staël, que Chateaubriand, que tous les écrivains phraseurs et, à l'en croire, hypocrites. « J'ahborre... l'emphase de Rousseau », écrira-t-il dans Henri Brulard ^.
Mais à Grenoble, et quand il avait moins de quinze ans, à peine si « le pédantisme de Julie d'Etange - » arrivait parfois à l'ennuyer. Quant à l'éloquence du romancier, il n'en sentait alors que le rythme ardent et la pressante
2. Id., 192. Rousseau avait aussi « le double défaut... de louer les p(rêtres) et d'être loué par mon père », écrit-il (I, 288). Mais, pour ce dernier point, il semble que Beyle se trompe.
séduction ^. Aussi bien le manque de simplicité n'est-il point xjn défaut perceptible aux enfants. Ils ont trop d'imagination, et trop peu d'expérience, pour trouver jamais exagérée l'expression d'ui^ sentiment.
Beyle fut donc, depuis douze ans peut-être jusqu'à vingt, le lecteur infatigable de J.-J. Rousseau. A vrai dire, au temps où nous sommes, il ne lit et ne relit sans doute que la Nouvelle Iléloïse ^. Mais n'y trouvait-il pas tout ce qui l'a jamais intéressé dans Rousseau ^, et le livre n'étaitil point suffisant pour troubler et égarer son cœur?
Aussi le verrons-nous, en 1800, porter en Italie une âme encore toute pleine de Jean- Jacques : en passant à Genève, il ira faire à sa maison natale un pieux pèlerinage ; il se récitera des phrases de Rousseau tandis qu'il franchira le Saint-Bernard ; c'est dans le style de Rousseau qu'il écrira de Milan à sa sœur Pauline ; et cette jeune Dauphinoise dont il s'éprendra au retour de ses campagnes, il l'appellera « mon Héloïse ».
La Nouvelle Héloïse, qu'à peine adolescent il lisait déjà dans le secret de sa petite chambre ^, lui avait enseigné bien autre chose encore qu'un vocabulaire approprié au sentiment de la nature et aux lettres d'amour. C'est l'amour même qu'elle avait, non point révélé à Beyle, mais ennobli à ses yeux, et magnifié ^.
1. « J'adorais l'éloquence, écrit-il dans Henri Brulard (II, 310) ; dès l'âge de six ans, je crois, mon père m'avait inoculé son enthousiasme pour J.-J. Rousseau, que plus tard il exécra comme anti-roi. »
2. Il écrit en 1804 (Corr., I, 111) : « J'ai voulu lire la Nouvelle Héloïse ; mais je la sais par cœur. »
3. Les théories politiques du Contrat Social, ou pédagogiques de l'Emile * le laisseront assez indifférent. Quant aux Confessions, il les connaissait sans aucun doute dès l'an VlII.
4. Julien Sorcl lui aussi avait lu la Nouvelle Héloïse, et la récitait à Madame de Rénal.
5. Beyle ne va-t-il pas jusqu'à reconnaître qu'il doit à Rousseau son âme amoureuse, et la connaissance du grand amour ? C'est dans une note inédite, du 12 nivôse an XIII (Bibl. de Gren., R 5896, t. XXVI), où il reproche.à son père de le rendre aussi malheureux qu'un enfant trouvé : « Et je le serais en
* Il aborda deux fois Emile ; d'abord il « vola » le livre, mais le laissa au bout d'un quart d'heure, rebuté. Plus tard, M. Dubois-Fontanelle le lui prêta, nous ne savons avec quel succès. (H. Br., I, 283 ; II, 16.)
Cet amour, qu'il pressentait déjà et désirait avec tous ses sens précoces et toute son imagination romanesque, Rousseau lui apprenait que ce n'était pas seulement un plaisir, mais une vertu. Et Beyle, en ce temps-là, grâce à Jean- Jacques, se souciait beaucoup de la vertu ^. Mais Rousseau lui disait encore que le signe d'une âme supérieure, c'est une grande passion, que la sensibilité est la meilleure preuve du génie, et que les âmes vulgaires sont des âmes froides. C'est là ce que Beyle n'oubliera plus ; il pourra renier Rousseau, mais il restera fidèle à ses principes. A Paris en 1805, comme à Milan en 1820, nous retouverons chez lui ce même mépris des âmes prosaïques, et cette même admiration des cœurs sensibles ^. Nous les retrouverons en 1834, quand il dédie son livre de V Amour aux « cent lecteurs » ^ seuls capables de le comprendre, parce qu'ils ont connu le malheur des âmes passionnées. Enfin si Beyle, jusqu'à la mort, se jugea toujours, en vrai romantique, supérieur au commun des humains, ce n'était nullement parce qu'il se croyait plus intelligent, mais parce qu'il se croyait plus sensible : par la force et la délicatesse de ses passions, il prétendait appartenir à l'élite véritable, celle des amoureux. Et tel est le vrai sens de la dédicace mystérieuse : to the happy few. En écrivant, à l'usage des initiés, ce mot de passe du
effet, si je n'avais jamais lu J.-J., que j'ai lu malgré lui, et qui m'a donné the characler loving, and the greal love. » Les joies d'un cœur passionné, que lui a révélées Rousseau, l'auraient, d'après lui, sauvé du désespoir.
1. « La lecture de la ISouvellc Héloîse et les scrupules de Saint-Preux me formèrent profondément honnête homme ; je pouvais encore, après cette lecture faite avec larmes et dans des transports d'amour pour la vertu, faire des coquineries, mais je me serais senti coquin. Ainsi, c'est un livre lu en grande cachette et malgré mes parents qui m'a fait honnête homme. » (//. Br., I, 211-212.)
2. « Il faut convenir, écrit-il dans son Journal, le 10 floréal 1805, que je sors d'un étrange état de folie ; les moments d'cxaltalion de Rousseau étaient devenus ma manière d'être habituelle. Je prenais ça pour du génie, je le cultivais avec complaisance el regardais en pitié ceux qui ne l'avaient pas. »
Mais Reylc se fait illusion ; il ne sortira jamais tout à fait de cet « étrange état de folie ».
3. « Cent lecteurs », ce choix exclusif et dédaigneux n'eût pas été du goût de Jean-Jacques, qui prétendait parler au peuple. Mais c'est qu'il croyait légion Jes âmes sensibles. Beyle, plus sagement, connaissait leur petit nombre. A cela près, tous deux s'adressaient bien à un public de même nature.
beylisme, Beyle se révèle encore le disciple de Jean-Jacques.
Mais Beyle doit à la youvelle Héloïse une acquisition plus touchante encore qu'une théorie de l'amour. Comme tous les adolescents qui n'ont point aimé, il adore le fantôme d'une idéale maîtresse, et cette maîtresse, c'est •Jean- Jacques qui la lui a donnée. Elle a l'âme de Julie, une âme passionnée, héroïque, sublime. La femme que choisira Beyle, celle qu'il attend, ne saurait être qu'une exacte reproduction de cette amoureuse parfaite. Redoutable et décevant modèle, qui échauiïa ses rêveries pendant dix ans peut-être. Mais quand il voudra ensuite, lors de ses premiers débuts, demander à ses jeunes amies les sublimités familières à l'amante de Saint-Preux, elles se montreront insuffisantes. Et, plein d'amertume et de dégoût, il abandonnera bientôt telle maîtresse délicieuse, qui n'aura eu d'autre tort que de ne point assez ressembler à la romanesque héroïne du roman de Jean- Jacques.
Au printemps de 1805, un jour de floréal que « la verdure naissante » des Champs-Elysées le disposait aux amoureuses rêveries, Beyle avouera toute la profondeur de sa blessure : « Voilà de ces mauvais jours de mélancolie et de tendresse qui me font retomber dans mon ancienne maladie. Pour peu qu'elle devienne habituelle, ne trouvant point une Julie dans la femme que le hasard me fera aimer, je me brûlerai la cervelle. N'y ai-je pas pensé pour Mélanie ^ ? »
Ainsi Beyle préparait à ses futurs amours d'amers déboires, en lisant trop jeune et avec trop de naïve confiance la Nom^elle Héloïse. Mais il allait gagner à cette lecture de plus immédiates tristesses. Rousseau lui enseignait, comme à tant d'autres, les morbides voluptés de la mélancolie. Beyle sans doute était déjà, tout enfant, aigri, désabusé, et haïssant. Mais jusque là aucun charme n'embellissait ses jeunes rancunes. Rousseau lui apprit à les parer, à les entretenir avec amour. Aux tristesses vulgaires d'antan, succédèrent les nobles ennuis des