‹ La jeunesse de StendhalChapitre 158 sur 288 · II. Br · texte numérisé non relu

II. Br

a. Id., 113.

1. Ne le voit-on pas en même temps graver sur sa table de travail les noms « de tous les assassins de princes », adorer Charlotte Corday, et vénérer Caton d'Utique ? [Id., 221-222.)

vait en tout, était cette fols avec son père ^. Embarrassante contradiction.

Cependant la Révolution l'emporta. Je doute qu'elle le dût à ses principes. Un cerveau de cet âge n'est guère sensible à des idées abstraites. Mais la Révolution devint claire pour lui, évidente et belle, quand il la vit défder sous les fenêtres de sa maison, brillante d'uniformes et d'armes, et retentissante du cbant des clairons. Les soldats remplissaient la ville.

Beyle, comme tous les enfants, aimait les soldats. Il les aimait plus encore que les autres enfants, car ses lectures, et sa vieille tante Elisabeth, avaient développé dans son cœur un sentiment bien rare au xviii^ siècle, le goût de rhéroïsme et l'amour de la patrie. Le portrait de son arrière-grand-père lui était devenu « cher et sacré », car cet ancêtre avait pleuré « de rage » en voyant les ennemis approcher de Toulon ^. Le petit Beyle comprenait cette douleur virile.

Aussi la Révolution lui devint elle-même sacrée quand il la sut héroïque. Il l'aima pour le patriotisme de ses soldats ^, et pour leurs panaches : «■ Je voyais passer les beaux régiments de dragons allant en Italie ; toujours quelqu'un était logé à la maison ; je les dévorais des yeux *. »

A côté de ces guerriers étincelants, ils faisaient bien pauvre et laide figure, les prêtres gloutons et sales, toujours cachés dans la maison, qui lui représentaient lestristes ennemis de cette Révolution glorieuse. L'âge, et la nature propre de Beyle, un visuel impressionnable, le rendaient plus sensible c^ue personne aux images. Une Révolution si bien « illustrée » gagna ses yeux et son cœur.

Dès lors une de ses joies fut de voir défiler ou camper

1. Beaucoup moins cependant que Beyle ne le prétend. Cf. p. 52-53.

Page 1