Henri Brulard, I
2. Non pas que Stendhal eût pour son père du dédain ; il ne le jugeait pa3 un homme commun, mais lui reconnaissait « du talent ». [H. Br., I, 103 ; cf. Corr., I, passim.)
3. A la bibliothèque de Grenoble, et pour la plupart inédites.
4. H. Brulard, I, 297 ; deuxième article nécrologique. Journal de Stendhal, 470. Stendhal dit encore : « ... ma famille bourgeoise mais qui se croyait sur le bord de la noblesse, mon père surtout qui se croyait noble ruiné... » [H. Br., I, 125-126.)
Mais Beyle a peut-être mal interprété la signature de son père : comme avocat consistorial, il avait la noblesse personnelle (cf. note 2, p. IG).
de charges, de dignités, de domaines, mais purs bourgeois de pure race dauphinoise.
Cette famille n'avait de remarquable que la belle unité, la sévère tenue de ses traditions séculaires. Trois tendances maîtresses s'y trouvent fortement unies, inséparables : c'est une famille de fonctionnaires, de marchands, et d'ecclésiastiques. Formés et exercés dans cette triple discipline, ils seront amis de la règle, respectueux de l'ordre établi et des gens en place, routiniers et probes ; ils seront âpres au gain et très préoccupés de leur patrimoine ; ils seront pieux, et même dévots, d'une dévotion un peu fermée, solide et dure. Et le tout leur fera une âme raisonnable, pratique, et scrupuleuse, l'âme de gens accoutumés à concilier méthodiquement les devoirs de leur religion, de leur intérêt et de leur charge.
Il faudra que survienne Henri Beyle pour rompre par d'étranges libertés cette belle suite de vertus bourgeoises.
Les Beyle descendaient de la montagne, et ils ne s'en étaient jamais complètement détachés. En 1650, Jean Beyle ^, fds d'Ambroise Beyle, habitait Lans, derrière le ' Moucherotte, dont les âpres falaises, de l'autre côté, dominent Grenoble. Mais, en 1705, ils franchirent les monts ; Joseph Beyle devint maître par héritage, dans la vallée du Drac, de ce domaine de Claix qui devait, un siècle plus tard, abriter les premières mélancolies d'Henri Beyle. Là, pendant des générations, les Beyle vécurent, entre la montagne et la plaine, tout proches de Grenoble, dont ils pouvaient voir les clochers et les toits, sur ces terres qu'ils travaillaient passionnément à bonifier et à agrandir. Attachés au sol avec l'âpreté de montagnards et de paysans, ils léguèrent ainsi au dernier
1. J'emprunte les faits et les noms de cette généalogie h l'étude de 'M. Ed. Maignicn, conservateur de la bibliothèque de Grenoble : La jamille de Beijle- Slendhal, noies généalogiques (Grenoble, 1889).
M. Ed. Maignien a soigneusement recueilli ses documents dans les minutes des notaires de Sassenagc et de Grenoble, dans les registres paroissiaux de Grenoble, et dans quelques mémoires judiciaires. Il lui est arrivé pourtant quelquefois de mal lire les actes de baptême qu'il publie.
M. Débraye a opportunément réuni, à la lin de la Vie de Henri Brulard, l'état-civil des Gagnon et des Beyle.
LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 13
représentant fidèle de leur race, Chérubin Bcyle, cet amour tenace de la terre, qui finit par le ruiner.
Mais ces terriens étaient aussi des citadins. Ils habitaient trop près de la ville pour n'en pas sentir un peu les vanités et les ambitions. Elles se mêlèrent chez eux à la prudence, à l'avarice campagnardes. Aussi les voyonsnous souvent cjui s'en vont de la montagne à Grenoble, pour y faire le commerce, y rendre la justice, ou bien y entrer au couvent.
A partir de ce Jean Beyle, qui, en 1G50, vendait du drap dans le village de Lans, la famille se divisa en deux branches. La branche aînée, « la branche riche de la famille ^ », eut pour chef le fils de Jean, Pierre, qui fut capitaine châtelain des montagnes de Sassenage ^. On trouve dans sa descendance un curé, la femme d'un lieutenant au régiment d'Orléans, un « Jean-Baptiste Beyle, écuyer, conseiller du roi, juge royal, épiscopal, civil et criminel de la ville de Grenoble », qui épousa la fille d'un marchand, enfin Pierre, fils de celui-ci, capitaine des grenadiers au régiment de Soissonais, mort en 1799^. Sa sœur, en religion Victoire de Saint-Victor, ne mourut qu'en 1816.
La branche cadette, celle d'Henri Beyle, avait un passé plus modeste. Pourtant son chef, Joseph Beyle, fut conseiller du roi, susbstitut et adjoint au baillage du Grésivaudan, procureur au Parlement en 1696 ; il fit un riche mariage, et c'est lui qui hérita des terres de Claix, sans parler de quelques autres. Il avait domaine à la campagne et maison dans la ville. Le 21 mars 1739, il mourut dans cet appartement de la rue des Vieux Jésuites, où devait naître Stendhal, quarante-quatre années plus tard *. Ce